L'Index d'Evolution Digitale révèle la domination des économies développées en matière d'évolution digitale. Discours à nuancer si on prend en compte la vitesse du changement sur plusieurs années, certains pays en développement pourraient bien tirer leur épingle du jeu.

Singapour et la Suède affichent le niveau d’évolution digitale le plus élevé au monde

En 2013 déjà, eMarketer prédisait que l'Asie Pacifique surpasserait les Etats-Unis en matière de ventes en ligne, devenant ainsi le premier marché mondial dans ce domaine. L’Asie Pacifique concentrerait même environ 40% des recettes d'e-commerce B2C en 2016.  Nul doute qu'Internet et les évolutions technologiques façonnent les économies mondiales et vient  redistribuer les cartes du jeu. Une équipe de professeurs et chercheurs de la Fletcher School (Tufts University) aux Etats-Unis ont d'ailleurs mis au point un index, l'Index d’Évolution Digitale (IED), en se basant sur 4 critères : l'offre présente dans le pays (l'accès internet et les infrastructures en support des transactions en ligne), la demande (le comportements des consommateurs du pays, leur capacité à maîtriser les outils internet et réseaux sociaux), l'innovation (l'état de l'écosystème entrepreneurial, le financement de l'innovation, la présence d'un esprit et d'une culture start-up) et  les institutions (l'efficacité du gouvernement dans le soutien à l'innovation, son rôle dans le secteur privé et le cadre législatif). Suite à cette évaluation, un classement du niveau d'évolution digitale des 50 pays pris en compte dans l'étude a été établi. Sans grande surprise, les économies développées d'Occident et d'Asie se retrouvent en tête de classement. Il s’agit notamment de la Suède, du Royaume-Uni, Hong Kong ou encore la Corée du Sud. La rapidité de leur évolution digitale entre 2008 et 2013 est d’ailleurs remarquable. S’y dessinent d’ailleurs des tendances intéressantes.

 

Index d'évolution digitale des pays du monde

            L'Index d'Evolution Digitale de 5O pays du monde en fonction de leur rapidité de changement 

 

Les pays développés historiques, leaders de l’évolution digitale

Si les Pays-Bas et Singapour enregistrent des scores quasi similaires et figurent tous deux dans le top 10 des pays leaders de l'Index d’Évolution Digitale, la vitesse de changement entre 2008 et 2013 diffère. Singapour se démarque complètement des Pays Bas. Et ce parce que les mesures d'austérité pratiquées par les Pays Bas depuis 2010 ont conduit à ralentir l'accélération vers le digital poussant les investisseurs peu à peu à s'y désintéresser. A l'inverse, Singapour a toujours affiché une volonté d'être un centre digital de l'Asie Pacifique et a investi en ce sens de manière continue. Grâce à des infrastructures digitales de qualité et une collaboration public-privé fructueuse, start-up innovantes et fonds en capital risque restent très présents sur le territoire.

A l'inverse, un pays comme l'Inde fait partie des derniers de la classe selon l'IED. Pourtant, rien que sur son secteur e-commerce, le pays affiche un dynamisme à faire pâlir certaines économies historiques. En 2014, 3,5 milliards de dollars ont fusé vers l'e-commerce en Inde qui comprend plus de 200 start-up innovantes à l'image des acteurs locaux Snapdeal et FlipkartGartner Research prévoit même 70% de croissance pour l'année 2015 (6 milliards de dollars). Outre le fait que l’Inde se positionne parmi les pays les plus rapides à opérer des transformations numériques, ses faibles infrastructures -accès internet limité dans certaines régions par exemple-le font entrer dans la catégorie « Break Out ». 

Infrastructures manquantes pour les pays en voie de développement

En effet, les chercheurs ont proposé une catégorisation des pays en 4 familles distinctes. Les pays «Break Out» englobent ainsi des économies telles que le Brésil, la Chine, le Vietnam ou encore la Malaisie. Ils font partie du top 10 des économies ayant le plus rapidement évolué dans le domaine digital mais il leur manque aujourd'hui des infrastructures de poids pour accompagner ce mouvement. Les BRICS représentatifs de cette catégorie doivent faire face à un marché intérieur aussi colossal qu'inégal qui peine parfois à suivre les changements numériques. Ainsi, éduquer les consommateurs domestiques constitue également un challenge. Derrière en terme de vitesse de changement, se glissent les pays «Watch Out» dont les scores sont assez faibles et qui font face à des défis importants notamment en ce qui concerne la stabilité politique. C'est le cas de la Russie ou de l’Égypte. Les engagements en matière de réformes sont faibles par ailleurs bien que leur démographie importante les rende très attractifs auprès des investisseurs.

Puis viennent les pays «Stall Out» dont l'évolution digitale a été importante par le passé mais dont la faiblesse actuelle des investissements risque de les pénaliser pour la suite. On y retrouve la France, le Danemark ou encore la Belgique, soit des économies développées dont la transformation digitale a tendance à s'essouffler. Enfin les pays dits «Stand Out» se démarquent ; ils ont démontré un niveau de développement digital élevé par le passé et continuent de soutenir les évolutions du secteur. Les États-Unis, la Suisse et les Emirats Arabes Unis, à titre d'exemples, travaillent largement en ce sens. Les futurs pays «Stand Out» pourraient bien se trouver parmi les économies émergentes actuelles mais il leur faut d'abord surmonter le challenge des infrastructures et de l'éducation des consommateurs

Rédigé par Pauline Canteneur