10 ans seulement auront suffi au téléphone portable pour devenir un objet de consommation courante. De 10 000 Français ayant en 1996 le privilège de l’utiliser, on vient de franchir en 1998 le cap d...

10 ans seulement auront suffi au téléphone portable pour devenir un objet de consommation courante. De 10 000 Français ayant en 1996 le privilège de l’utiliser, on vient de franchir en 1998 le cap des 9 millions d’abonnés. Le sociologue Gérard Mermet remarque “nous n’avons aucun autre exemple de diffusion aussi rapide d’un bien d’équipement”. le sociologue Jean-Claude Kaufmann renchérit en précisant que le téléphone portable, prolongement de soi “comme les lunettes, la montre, le sac à main .. s’est intégré avec une étonnante rapidité dans le petit cercle des objets élus de l’extension du corps”. Sociologues, anthropologues, historiens, psychiatres se sont récemment réunis sous l’égide de Motorola pour analyser ce qu’ils considèrent comme un phénomène digne d’intérêt. Ils sont unanimes pour constater que l’usage massif du téléphone tient lieu de révélateur et d’accélérateur des mutations que connaît la société française. Cinq tendances se dessinent concourant au succès du portable. Tout d’abord l’urgence. Jamais les français n’ont disposé d’autant de temps libre, mais jamais pourtant ils n’ont eu autant l’impression de manquer de temps “le portable est un outil inventé pour résoudre cette difficulté, pour faire face aux sollicitations de plus en plus nombreuses. Il s’agit de gagner du temps pour en perdre”. Vient ensuite le nomadisme. Pour des motifs aussi bien professionnels que personnels, la mobilité géographique des personnes augmente sans cesse. Or le téléphone mobile résout les problèmes concrets liés à la mobilité. Selon Patrice Flichy, sociologue, le cœur de la téléphonie mobile ce n’est pas le nomadisme, mais l’autonomie, la possibilité d’une communication personnelle, notamment au sein de la famille “le portable permet d’avoir des communications avec l’extérieur de façon autonome”. Puis arrive la sécurité. Gérard Mermet affirme que le portable est un “outil de sécurité”. C’est du reste tout d’abord un instrument de communication intrafamilial. Près de la moitié des communications des téléphones fixes vers les mobiles sont internes au foyer. Les constructeurs ont même prévu de mettre sur le marché, d’ici deux ou trois ans, des téléphones basiques destinés aux 8-10 ans, munis d’un seul bouton préprogrammé, afin qu’ils puissent appeler leur mère à la sortie de l’école. En outre, de nouveaux rapports se dessinent entre la personne et la communauté qui l’entoure. L’individu autonome est désormais au centre d’un réseau qu’il construit lui-même. (Le Monde 25-26/10/1998)