Il y a bientôt 10 ans, Alexandre Des Isnards et Thomas Zuber signaient L'open space m'a tuer, un ouvrage sur le ras-le-bol des jeunes cadres concernant les nouvelles pratiques managériales, et, en témoigne le titre, les environnements de travail mal pensés. L'open space, symbole du néomanagement propre au XXIe siècle, fonctionne mal et engendre des nuisances multiples. Les bureaux uniformisés, juxtaposés selon une logique économique de rentabilité, laissent alors place au multi space, censé encourager la flexibilité et le bien-être au travail avec un espace ouvert mieux organisé et au sein duquel différentes zones distinctes sont définies : espaces de travail individuel (« bulles », cabines téléphoniques) versus espaces de travail collectif (salle de conférence, etc.). Aujourd'hui, l'open space cherche à devenir une organisation optimisée non seulement en termes d'espace mais aussi de créativité.

Le bruit, une problématique invisible mais coûteuse

ACTINEO, observatoire de la qualité de vie au bureau, note que l'élévation du niveau sonore « conduit à produire des efforts plus élevés d'audition [...] et de concentration », caractérisés comme « un processus générant fatigue et stress ». Globalement, le bruit au bureau « gêne la bonne compréhension des échanges verbaux, diminue l'efficacité de nos activités cérébrales (notamment la mémoire à court terme), entraînant une baisse du niveau de performance ». Dans un sondage mené en mars 2016 par l'Institut français d’opinion publique (Ifop) pour la Journée nationale de l'audition (JNA), 79% des Français déclaraient rencontrer des difficultés à suivre des conversations au travail à cause du bruit. Et au début des années 2000 déjà, 67% des actifs français se disaient dérangés par le bruit sur leur lieu de travail (sondage réalisé pour l'Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail dans le cadre de la campagne « Halte au bruit » menée en 2005). Le bruit a également un coût chiffré : 42% des actifs perdent chaque jour du temps de travail à cause de la gêne liée au bruit (Ifop/JNA).

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MILLIARDS D'EUROS 

coût social global du bruit en France

En mai 2016, une étude menée par EY pour le compte du Conseil National du Bruit a permis d'estimer le coût social global du bruit en France (toutes origines confondues) à 57 milliards d'euros par an, parmi lesquels, rien qu'en milieu professionnel, deux milliards liés aux troubles d'apprentissage et à la perte de productivité, et plus d'un milliard aux accidents du travail et à la surdité. A l'origine de 2% de perte d’efficacité par salarié, le bruit au travail entraînerait une perte économique annuelle de 18 milliards pour le secteur tertiaire.

Partant du constat que plus d'un Français sur deux considèrent les nuisances sonores dues aux personnes comme le premier facteur de gêne au bureau (cinquième baromètre de la qualité de vie au travail réalisé par le CSA pour ACTINEO en 2015), Silent Space propose une solution de masquage sonore afin d'apporter du confort dans l'espace de travail.

Le masquage sonore à la conquête des bureaux européens

Très répandu aux États-Unis, le masquage sonore a été déployé dès les années 1970 dans une logique de performance : tel Monsieur Jourdain qui ignorait faire de la prose, les employés travaillaient sans savoir que cette technologie était installée et diffusée via les faux plafonds. Si ses créateurs savent aussi l'implanter dans le bâtiment, Silent Space a toutefois été pensé comme un dispositif nomade, puisque beaucoup d'entreprises sont locataires de leurs bureaux. Un contrôleur pilote cinq diffuseurs, et il faut compter un diffuseur pour dix à douze mètres carrés d'espace. Pour équiper un open space dit de taille moyenne, une quinzaine d'appareils est installée.

Le masquage sonore fera partie, dans cinq ans, des éléments de base.

Frédéric Lafage, fondateur et président d'Orfea Acoustique et de Silent Space, estime qu'en France, « le masquage sonore fera partie, dans cinq ans, des éléments de base ». Il s'agit de diffuser un son neutre, doux, non intrusif, aussi appelé bruit rose dans la littérature acoustique. Ce bruit de fond évolutif (qui varie comme celui du vent – un bruit naturel –, au contraire par exemple du bruit de la ventilation – un bruit mécanique constant) est capté puis assimilé par le cerveau. Cette technologie, aussi remarquable que prometteuse, a valu à Silent Space une place au sein du programme d’accélération de 4 mois de l’Accélérateur Fintech & Corporate de BNP Paribas, où elle est parrainée par l'équipe Immobilier d'exploitation Groupe (IMEX). L'effort d'adaptation acoustique fourni par le cerveau est équivalent à un effort d'adaptation visuelle que ferait un individu après avoir changé de lunettes. Mathieu Lehanneur, designer français, avait déjà proposé la boule dB (décibel), un absorbeur de nuisances sonores qui fonctionnait sur ce même principe d'émission de bruit neutre (en l'occurrence bruit blanc).

Si le silence absolu est anxiogène, trop de bruit se révèle, a contrario, contre-productif. C'est le sens du slogan choisi par Silent Space : « le silence a un son ». Et c'est aussi l'avis de Celestial Tribe, la start-up californienne qui a lancé Muzo, un dispositif acoustique non seulement de masquage, mais également de mixage sonore basé sur une technologie antivibratoire : à la réduction du bruit ambiant peuvent s'ajouter des bandes sonores apaisantes.

atteindre la paix sociale

Quelle que soit la solution déployée, l'objectif du masquage sonore est toujours le même : créer un environnement propice à la concentration en diminuant le rayon de distractions, faire cohabiter performance et activités pluridisciplinaires, limiter l'impact des pics de bruit en améliorant l'aspect uniforme du bruit ambiant dans les espaces où il peut varier subitement. Puisque les bruits et vibrations (au travail, entre voisins ou dans les collectivités) sont les premières sources de conflits citées par les individus, et que « les comportements sociaux bruyants font des nuisances sonores un véritable problème de santé publique », Orfea cherche, depuis 20 ans, à maîtriser ce bruit et à en réduire l'impact afin d'améliorer les conditions d'existence de chacun. Spécialiste de l'ingénierie acoustique et vibratoire, Orfea vise à atteindre « la paix sociale dans les entreprises, entre voisins, dans les transports, lors des activités d'apprentissage ou culturelles, sur les lieux de repos et de vie tout simplement ».

Cohabitation, responsabilisation et harmonie

Les nuisances sonores étant aussi le fait des individus (elles ne sont pas seulement générées par les machines), il revient à chacun de se responsabiliser. Selon la logique de Silent Space, l'open space doit non seulement offrir des solutions d'isolation, d'insonorisation et d'absorption du bruit (via l'utilisation de mobilier modulable et de matériaux absorbants notamment), mais il doit également proposer des méthodes pédagogiques et d’apprentissage d'auto-contrôle et de limitation de production du bruit par les individus. Car si les espaces ouverts multiplient les échanges, ils multiplient également les échanges intempestifs.

Et puisque tout le monde n'a pas la même sensibilité au bruit, Silent Space fonctionne avec un indicateur lumineux qui permet à chaque collaborateur de prendre conscience et donc d'ajuster le bruit dont il est à l'origine. L'idée de cet accompagnement comportemental est de ramener du contrôle et de l'interaction entre les personnes qui partagent un même espace de travail. Cet outil de prévention auquel chaque individu est associé fonctionne selon un code couleur, qui donne une indication directe de la situation sonore.

le diffuseur de bruit rose conçu par silent space® informe sur la qualité du confort acoustique de l'open space

Silent Space

La perte d'audition, la fatigue, le stress, la baisse de la concentration et donc de la productivité, le désengagement, l'absentéisme ou pire, le présentéisme (les individus sont physiquement présents mais ne réalisent pas les tâches qu'ils devraient normalement accomplir dans le cadre de leurs activités), sont autant de symptômes que ces start-up qui adressent la problématique du bruit en open space entendent solutionner. Puissent le bien-être et la quiétude au travail (re)devenir les maîtres mots. Car l'open space dans lequel le port d'un casque anti-bruit est nécessaire pour travailler au calme n'est définitivement pas un espace propice à la productivité ni à la collaboration.


petite histoire de l'open space




Désormais presque considéré comme ordinaire en terme d'aménagement des espaces de travail, l'open space apparaît au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, alors que le secteur tertiaire est en plein essor et que le nombre d’employés de bureau augmente. Le bureau paysager (décloisonné et agrémenté de plantes vertes) est imaginé dès les années 1950 en Allemagne ; puis le cubicle (bureau à cloisons) de Robert Propst fait son apparition. A mesure que les années passent, la tendance se confirme : l'open space permet d'optimiser l'occupation de l'espace en réduisant les coûts, en plus d'encourager la collaboration et le travail d'équipe. Dans les années 1990, le modèle se développe sans calcul, et, à l’aube des années 2000, il commence à montrer ses limites : le bruit qu’il génère a des effets négatifs sur les employés. Les entreprises s'appliquent aujourd'hui davantage à créer des multi spaces, où les espaces ouverts sont mieux segmentés : les bureaux sont organisés avec des espaces verts, des espaces de réunion, de repos, de jeux, etc. Des lieux propices au travail individuel sont également intégrés.


Rédigé par Marie-Eléonore Noiré
Journalist