Qualité du réseau et des infrastructures à des conséquences directes sur le type de consommation de contenu que les pays peuvent avoir. Mais pas uniquement.

Les Etats-Unis téléchargent moins que leur infrastructure le permettrait tandis que les pays pauvres préfèrent le peer-to-peer au streaming. C’est en effet ce que dévoile une étude de sociologie, menée par Arnau Gavaldà-Miralles et publiée par PNAS, revenant sur les causalités qui peuvent exister entre la qualité du réseau et le type de contenu téléchargé. L’article cherche à comprendre en quoi les différences d’un pays à l’autre peuvent avoir une influence à la fois sur le type de contenu téléchargé et sur la façon dont les utilisateurs en viennent à consommer du contenu. L’étude dévoile ainsi que le téléchargement, au-delà des aspects légaux ou illégaux, est très directement lié à la qualité du réseau internet dans un lieu donné. De façon contre-intuitive, le streaming est plus utilisé dans les pays riches car ils sont dotés d’une très bonne structure internet. En revanche, le téléchargement en peer-to-peer semble dominer dans les pays en développements.

Pourquoi le P2P est-il préféré dans les pays en développement ?

La raison principale est que pour fonctionner correctement, le système de streaming doit reposer sur des serveurs suffisamment puissants – et par définition centralisés – pour recevoir et émettre des données. Le warez, c’est-à-dire le téléchargement direct depuis une plateforme qui centralise – et monétise – le contenu est donc plus difficile que le P2P à mettre en place.

La faible impact des lois anti-piratage sur la quantité du contenu téléchargé apparaît également très clairement dans l’enquête. La pénalisation du téléchargement a moins d’importance que la seule possibilité technique : les pays développés criminalisent plus en même temps que leurs citoyens téléchargent des quantités plus importantes. Néanmoins, les chercheurs s’étonnent du fait que l’opportunité de télécharger des contenus en très bonnes qualités comme le HD – comme c’est le cas aux Etats-Unis – ne soit pas immédiatement suivie d’une augmentation considérable du contenu téléchargé. La corrélation entre les infrastructures et le contenu téléchargé, non linéaire, semble donc atteindre un plateau où le nombre d’utilisateurs convertis stagne dans le temps.

Enfin, le fait que le taux de téléchargement augmente considérablement depuis une dizaine d’années dans les pays en développement malgré des infrastructures sous-optimales peut s’expliquer par la faiblesse des chaînes de distribution traditionnelles.

Les utilisateurs se comportent en spécialistes

L’avantage de la structure en peer-to-peer est de rendre possible une étude menée sur une très large tranche de la population mondiale. Les chercheurs sont ainsi satisfaits d’avoir pu dresser un panorama général du lien entre le téléchargement et les conditions socio-économiques. Mais plu largement cette étude met en avant le fait que le protocole BitTorrent est devenu, depuis sa naissance il y a 11 ans, la référence pour le téléchargement peer-to-peer dans le monde entier. Ainsi, tous les mois, 150 millions d’utilisateurs profitent du protocole de transfert de fichier fourni par BitTorrent – une plate-forme de partage de fichiers entre pairs. 60% du contenu total est constitué de fichiers vidéos, c’est-à-dire pesant entre 830Mb et 1,6Gb chacun. Suivent ensuite les séries télévisées (dont l’épisode ne représente que 300Mb en moyenne) et la musique. Or l’étude dévoile que les utilisateurs qui téléchargent ont des habitudes similaires selon les pays : ils se comportent en "spécialistes". En effet, les chercheurs pointent le fait que la majorité des utilisateurs de BitTorrent ne consomment qu’une partie bien spécifique du spectre de l’ensemble des contenus : un seul type de fichier représente plus de 50% du contenu qu’un utilisateur moyen télécharge.

Rédigé par Simon Guigue