Jusqu'à une époque très récente, limités par la taille des mémoires, les ingénieurs se contentaient de réserver deux chiffres pour exprimer l’année. Le problème du passage à l’an 2000 aux Etats-Unis...

Jusqu'à une époque très récente, limités par la taille des mémoires, les ingénieurs se contentaient de réserver deux chiffres pour exprimer l’année. Le problème du passage à l’an 2000 aux Etats-Unis et dans les pays avancés est reconnu comme une priorité nationale. Les programmes sont repris par des équipes spécialisées avec des outils logiques performants capables de retrouver les dates et de les corriger. Des instructions ont été envoyées dans ce sens à toutes les agences du gouvernement américain. Les banques et les organisations de Wall Street ont commencé à tester leurs programmes en simulant le passage au 1er janvier 2000. Les grandes sociétés rappellent leurs programmeurs partis à la retraite, leur versent des salaires mirobolants, et engagent des consultants spécialisés. Les sociétés les plus avisées remplacent leurs ordinateurs, installent des systèmes où les dates ont quatre chiffres et passent leurs nuits à les tester. Toute l’économie bénéficie pour l’instant de ce regain d’activité. Toutefois, le problème est si vaste que toutes les sociétés n’ont pas encore trouvé de solution. Lors d’un récent symposium à Chicago, James Robinson, président d’un groupe d’investissement demanda “vos directeurs de l’informatique sont en train de vérifier des milliers de ligne de code sur vos ordinateurs. Mais qu’en est-il de vos ascenseurs, des systèmes d’alarme, des systèmes de chauffage et de conditionnement d’air dans vos bâtiments”. Certains experts restent sceptiques devant la lenteur des progrès, comme John Petersen, président de l’Arlington Institute “les vint centres de contrôle de vol aux Etats-Unis ont un ordinateur principal et un autre en réserve. Or ces 40 machines remontent aux années 80. Pas étonnant, dans ces conditions, que certaines lignes aériennes aient décidé d’annuler leurs vols des premiers jours de l’an 2000. Et les trains? Les centraux téléphoniques? Et la distribution du pétrole? chaque plate-forme de forage comporte environ 4 000 puces dont certaines remontent à la préhistoire de l’informatique. Lesquelles sont sensibles à la date? La vérification des équipements est un problème dont on commence à peine à réaliser l’ampleur.” La quantité totale de puces est évaluée aux Etats-Unis à 24 milliards, dans le monde entier, à plus de 40 milliards. Si certaines de ces puces ne se préoccupent pas de la date, d’autres la consultent. Ces programmes sont mal documentés. Une voiture moderne contient une quinzaine de micro-ordinateurs. Lorsqu’une Corvette, par exemple, est achetée aujourd’hui, le constructeur prévient que plusieurs composants devront être remplacés en janvier 2000, pour un coût probable d’environ 12 000 F. Si les Etats-Unis, le Royaume-Uni et quelques pays avancés sont conscients du problème, ce n’est pas le cas du reste du monde. D’après un spécialiste d’Unisys, Philip Dodd, plus de 70 % des opérations industrielles en Asie sera affecté par des pannes. Edward Yardemi, chef économiste de la banque Deutsche Morgan Grenfell, évalue, quant à lui, à 50 % les chances d’une récession globale causée par ce problème. Les seuls certains de profiter de la situation sont les avocats. En effet, le problème étant prévisible, les sociétés prises en défaut en janvier 2000 n’auront aucune excuse. (Le Figaro - 26/08/1998)