Le Kenya, c'est une quarantaine de millions d'habitants. Le nombre d'utilisateurs mobiles reste, lui, plus difficile à déterminer précisément. Selon le Factbook de la CIA, ils sont 16,3 millions. Pour l'ICT Board, il fallait compter une vingtaine de millions de possesseurs d'un téléphone portable fin 2009.

Quoiqu'il en soit, l'appareil est omnoprésent. Dans l'entretien que j'ai eu avec lui, Vincent Kouwenhoven, d'eVA Fund rappelait qu'il n'est plus rare de voir, en zone rurale, un éleveur de chèvres vérifier sur son téléphone le cours de la viande. En ville, cela se vérifie. De par le nmbre important de gens rivés à leur téléphone, en particulier pour envoyer des SMS - moins chers. Ou par l'omniprésence de Safaricom shops et de Zain shops, ainsi que de petites échoppes de vente ou de réparation de mobile. Mais le plus voyant, cela reste la publicité, véritable écho des usages d'une société. Des immenses réclames "Safaricom welcomes you" placardées sur les murs de l'aéroport puis le long de la route permettant de le quitter aux immeubles recouverts de bandeaux Samsung vantant le raffinement de sa gamme de coques roses et autres couleurs acidulées.

En passant par des hommes sandwich postés aux feux rouges et qui, entre deux bouffées d'essence, vendent des cartes prépayées Zain - 3 shillings (KSH) la minute vers l'opérateur, le double vers un concurrent. Pour l'attraction - et pour ne pas se faire ensevelir sous la masse des véhicules - certains sont même affublés d'échasses.

Le Kenya est la figure de proue du paiement par mobile ? Cela se voit sur ses murs. A l'image de la publicité pour la Co-operative Bank, qui permet désormais aux détenteurs d'un compte de faire des virements via M-Pesa - le système de transfert d'argent de Safaricom - directement, en appelant un numéro.

Le déploiement du câble Seacom en Afrique de l'est et les offres satellites ont aussi fait fleurir les pubs pour des accès Internet en haut débit à des prix plus compétitifs qu'auparavant. Les fournisseurs sont nombreux sur le terrain : Africa Online, Safaricom, Zuku, Tellkom, iWay Africa, Tangerine... Leurs affiches aussi. Celle de Tangerine sur laquelle une jeune femme a le visage déformé en raison de la trop grande vitesse à laquelle passent les informations a ma préférence. Peut-être parce que, de loin, on hésite entre une réclame pour le dernier Romero ou l'annonce du lancement d'une nouvelle rame de métro...

Reste que pour bénéficier d'une connexion en 512k, il faut débourser 2499 KSH par mois chez Zuku. Or le salaire mensuel moyen est d'une vingtaine de milliers de shillings...

Rédigé par Mathilde Cristiani
Head of Media