Quand on choisit le camping, ce n'est pas forcément pour planter sa tente toujours au même endroit. Cette année, pour présenter les startup aux investisseurs, l'accélérateur du palais Brongniart, Le Camping, donc, a ainsi décidé de se lancer à la conquête de l'Europe. Paris, Berlin, Londres. Trois villes où la culture de l'innovation reste très différente.

Berlin calling Le Camping

 

Pendant la première promotion, il s'agissait de se faire connaître, de s'installer durablement. Pendant la deuxième, le Camping a conforté son assise. Et commencé à regarder vers l'extérieur, en proposant une première date européenne à Londres. Pour cette troisième session, et pour présenter ses pépites aux investisseurs, c'est vers l'Europe que l'accélérateur a voulu montrer qu'il se dirigeait, en proposant cette fois deux étapes, dont la première à Berlin.

Le but : montrer sa capacité de se projeter à l'international, rencontrer l'écosystème berlinois, connaître et se faire connaître. Un exercice intéressant et qui a permis de découvrir par l'expérience les similarités et surtout les différences entre deux cultures et écosystèmes. En effet, à Paris, c'est presque sans surprise que la salle était comble. L'organisme a prouvé en deux ans sa capacité à repérer des entreprises intéressantes et à les mentorer efficacement. A Berlin, où les incubateurs sont nombreux, où les startup se multiplient très rapidement, l'arrivée d'un confrère français, inconnu, a créé moins d'excitation.

Résultat, il faut avouer que le parterre d'investisseurs était moins dense que souhaité. "On arrive en terre inconnue, on connaît pas l'écosystème", commentait Alice Zagury, manager du Camping, après l'événement. "En fait, on a été accueillis par FoundFair, un accélérateur de la place assez connu, et qui était en quelque sorte notre point de référence. Le reste, c'était l'inconnu". Et d'ajouter : "J'avais quelques réticences, comme un sentiment que les investisseurs allemands vont d'abord mettre leur argent en Allemagne, un peu comme en France, d'une certaine manière". Un constat qui m'a été confirmé un peu plus tôt dans la journée lors d'une discussion avec Jan Dzulko, le manager de M-Cube, un incubateur berlinois. "Il est encore un peu tôt pour créer des connexions avec d'autres pays, c'est vrai qu'actuellement la scène est 'Berlin centric', mais parce qu'il faut d'abord absorber l'innovation qui se trouve ici". Il ne s'agit pas non plus de rester centré sur soi.

Au contraire, le pays est en connexion directe avec les Etats-Unis, sensibles à la scène entrepreneuriale allemande, réputée pour permettre de se développer en profitant d'un environnement peu coûteux. "Il y a un pont direct entre Berlin et les Etats-Unis, où on voit des Ashton Kutchner qui investissent en direct dans des boîtes de Berlin", rajoute ainsi Alice Zagury.

En plus de la priorité donnée aux entreprises du cru - un entrepreneur français installé à Berlin m'a parlé aussi d'une réticence d'investir dans des sociétés françaises liée aux taxes - l'autre explication, plus culturelle, serait le fait que, en Allemagne, les investisseurs demanderaient, sauf emballement immédiat, du temps afin de bien connaître une entreprise et d'être sûr de sa solidité. Inutile de se déplacer pour rien, en fait. Une notion du temps peu compatible avec celui, réduit, d'une visite d'une journée ! Les investisseurs présents ont d'ailleurs challengé plutôt durement certains des entrepreneurs, après leur présentation. "On veut d'abord voir ce que vous valez, qui vous êtes", note Alice Zagury. Qui explique d'ailleurs qu'après la soirée, le CEO de FoundFair, plutôt emballé, a décroché son téléphone pour convier le lendemain matin ses contacts à rencontrer des startup "validées".

Dernière explication : la différence entre les projets français et ceux allemands. Je suis loin de connaître l'ensemble de l'écosystème, et certaines startup, très innovantes, comme SoundCloud, ont marqué la scène. Mais souvent, les projets développés tournent autour du commerce, et de l'utile. "Les projets français sont plus créatifs, plus disruptifs", m'a d'ailleurs dit Oliver Wilken, jeune entrepreneur berlinois à la tête de Scolibri, une plate-forme qui souhaite faciliter la collaboration et le travail en ligne entre élèves et enseignants. Mais ce dernier argument n'est pas à prendre comme une généralité.

Reste que l'événement n'est pas passé inaperçu de la scène berlinoise. J'ai ainsi rencontré le lendemain plusieurs startup installées dans la capitale allemande, et qui étaient toutes au courant de la présence en ville du "french accelerator". Idem du côté des investisseurs. L'un d'entre eux, rencontré lors d'une visite à la Factory, le prochain incubateur/lieu de travail partagé dans lequel évolueront des SoundCloud comme de tous jeunes projets, m'a confié ne pas avoir pu venir en raison d'un autre rendez-vous, mais être désireux d'en apprendre plus sur les startup en lice. A suivre, donc. D'autant que les premières fondations d'une collaboration plus poussée ont été plantées.

 

 

 

Rédigé par Mathilde Cristiani
Head of Media