Aujourd'hui c'est Burning Man. Ou plutôt l'ouverture de l'édition (la foire?) annuelle de Burning Man. Burning Man c'est une oeuvre d'art conceptuelle qui resurgit tous les ans à la même époque en plein désert du Nevada.

Black Rock City, une cité nomade et éphémère, l'une des dernières convulsions de la contre-culture de la Côte Ouest, un rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de personnes au beau milieu de nulle part, une communion tribale et improvisée où chacun est responsable de sa propre subsistance et qui se clôt traditionnellement au dernier jour avec un conclave du feu et par la crémation festive d'un mannequin, l'Homme, un géant de bois d'une vingtaine de mètres qui a bien grandi depuis sa première apparition sur la plage de Baker Beach en 1986, à San Francisco. Il faut dire qu'à cette époque, l'Homme était encore en bas-âge et ne mesurait encore que deux mètres cinquante.

Burning Man, c'est un temps pour oublier, un temps pour s'exprimer, un temps pour vivre, un temps pour se retrouver. Le festival compte parmi ses plus fervents adeptes deux anciens étudiants de Stanford, Larry Page et Sergey Brin, dont l'ex-start-up Google, est aujourd'hui très bien référencée sur Internet. Tous les ans, ils (se) déconnectent, l'espace d'une (petite) semaine, dont le Labor Day sonne invariablement le glas.

Ils sont là, anonymes, perdus dans le Black Rock Desert. Loin de tout. Près du Monde. Et vivent, selon les préceptes du Burning Man Project. La mise en commun (community), l'activité artistique (artwork), la recherche de l'incongru et de l'inepte (absurdity), une certaine joie de vivre (revelry). Et, last but not least la volonté de s'affranchir des lois du marché (decommodification).

Mais précisément, il semble bien que d'années en années le Marché revienne faire son marché à Burning Man. Le festival, qui débuta comme un feu de joie rituel et gratuit au solstice d'été 1986, est aujourd'hui un happening à 300$ le ticket d'entrée. Encore un petit effort, TED n'est plus très loin...

Et à l'âge de l'accès, l'ex-lieu de retraite (festive) ne fait pas exception. On le dit infesté de tous ces fils à la patte qui nous relient en permanence au réseau mondial. Wired se fend d'une « to-do list, pour les newbies ». Jusqu'à iBurn, une toute nouvelle application iPhone pour vous éviter de vous perdre. A défaut de pouvoir vous retrouver. Burning Man a vécu. Son esprit s'est consumé.