Le code source à la base des produits informatiques est souvent incompréhensible pour le commun des mortels. Heureusement, les développeurs qui mettent en musique les algorithmes pensent à nous en faciliter la lisibilité.

Les développeurs créent des interfaces qui agissent comme des filtres, qui transforment un enchaînement de signes en une succession d’actions compréhensibles. Ces efforts faits pour se mettre à la portée de tous vient surtout du fait que de plus en plus de produits informatiques ne sont plus vendus uniquement pour une utilisation passive. L’interface de n’importe quel article numérique est modifiable sans effort, certains jeux vidéos permettent même de dessiner soi-même un niveau. Cette prise en main du processus de création s’observe aussi dans le software art. Un nom un peu barbare pour désigner des œuvres qui, en plus d’avoir un programme informatique comme base, l’utilise comme sujet de la création. Avant discret et invisible, le software art transforme une action rébarbative en démonstration esthétique. Karsten Schmidt propose une œuvre qui illustre cette nouvelle tendance lors de l’exposition "Decode: Digital Design Sensations",  organisée au Victoria & Albert Museum.
Modifier l'œuvre
Pour illustrer la partie de l’exposition intitulée "Recode" Karsten a laissé en open source le programme de son œuvre. Chaque personne se connectant au site du musée peut télécharger le code et le modifier dans le but de proposer une nouvelle version de l’œuvre "Decode". Heureusement pour nous, l’artiste a crée un tutorial et surtout une interface qui nous permet d’agir de façon immédiate sur le rendu. Pour les plus expérimentés, il est également possible de recoder complètement la proposition de l’artiste dans le langage de programmation que l’on souhaite. Concrètement, on peut agir sur une animation composée de pixels qui forme un mot en mouvement. Toutes les formes 3D "mesh" sont modifiables dans l’animation : le mot qui est inscrit, la couleur des pixels, leurs formes, la lumière, l’angle de la caméra et la vitesse de rotation de l’animation.
Tous artistes ?
Une fois les modifications effectuées, on peut uploader sa création et la soumettre à un comité de sélection. L’œuvre v2 se verra alors diffusée sur des écrans du métro londonien. Néanmoins, si votre création ne passe pas la censure il est possible de la rendre publique soi-même sur vimeo ou flickr.  Ce "do it yourself" est assez jouissif pour les "newbies" ou les handicapés de la souris. La prise en main est facile et ergonomique. Mais il y aura malheureusement peu d’élus. En rendant la partie informatique maîtrisable, on se rend compte rapidement que ce qui fait la différence ce n’est pas d’être un virtuose techniquement mais d’avoir de l’imagination, d’être créatif et d’avoir un sens de l’esthétique. En témoignent les tentatives que l’on peut regarder sur les sites de partage, toutes les propositions ne sont pas au même niveau et il ne faut pas être expert pour en juger. J’espère que ce genre d’expérience va faire taire les mauvaises langues qui disent face à des œuvres contemporaines "Mon fils de 4 ans pourrait faire mieux".