Grâce au principe du biomimétisme, des chercheurs du CNRS ont mis au point une synapse artificielle capable d’apprendre par elle-même.

Le cerveau artificiel n’est plus très loin ?

A côté du développement et du perfectionnement des formes artificielles d’intelligences, les chercheurs travaillent en outre à reconstituer artificiellement le fonctionnement du cerveau humain. Comment ? En recréant les mécanismes en œuvres dans le cerveau et les imiter grâce à des machines de plus en plus  perfectionnées. C’est ce que l’on appelle le biomimétisme : s’inspirer des propriétés du vivant pour les intégrer dans la technologie. En 2013, la Commission Européenne sur les technologies futures et émergentes (FET) a lancé le projet Human Brain, financé à hauteur d’un milliard d’euros par l’Union Européenne, et qui entend, sur une durée de dix ans, établir un partenariat de recherche européenne en la matière. De nombreux projets en ce sens ont vu le jour ces dernières années, du Blue Brain Project  au projet Spaun. Mais alors quelles sont les avancées des chercheurs français du CNRS en la matière ?

Les équipes de l’Unité mixte de physique CNRS/Thalès, ont mis au point une puce électronique contenant une synapse artificielle, le memristor, qui « prise en sandwich entre deux électrodes, peut ajuster sa résistance sous l'action d'impulsions électriques similaires à celles des neurones. Si la résistance est faible, la liaison synaptique est forte, si la résistance est forte, la liaison est faible. C'est cette capacité de la synapse à adapter sa résistance qui permet l'apprentissage. », selon le communiqué de presse du CNRS. Ainsi, cette synapse artificielle est capable d’apprendre de façon autonome et potentiellement d’agir en réseaux avec d’autres synapses, créant un véritable système intelligent sur le modèle du cerveau. Le projet va être utilisé dans le cadre de l’ULPEC Horizon 2020 organisé par la Commission Européenne. Le dispositif va mettre en scène la synapse qui connectée à une caméra Chronocam, pourra lire les pixels et en reconnaître la forme.

Mais est-il possible, sinon souhaitable, d’élaborer un cerveau artificiel autonome ? Les avis de scientifiques tranchent avec ceux des géants de la Tech. De Mark Zuckerberg à Raymond Kurzwell en passant par Elon Musk, et sa start-up Neuralink, travaillant sur une fusion de l’intelligence artificielle et du cerveau humain, de nombreux géants économiques se tournent désormais dans le transhumanisme, qu’ils voient le plus souvent comme l’évolution naturelle de l’homme. Pour autant les scientifiques ne sont pas si enthousiastes. Le docteur Miguel Nicolelis, ingénieur et chercheur en biotech , rappelle au WorldPost que « Le cerveau n’est pas un mécanisme mais un organisme .Or les organismes ne se construisent pas: ils évoluent, selon des pressions de sélection et des événements que l’on ne peut prédire. ». Si ces avancées sont une prouesse technologique de plus, il convient cependant de se questionner sur l’éthique d’une telle innovation et sur les dangers qu’elle soulève. Car, comme le soulignait Friedrich Nietzsche, « l’homme est une corde tendue entre l’animal et le Surhomme, une corde au-dessus d’un abîme ». Puisse-t-il trouver l’équilibre.

 

Rédigé par Théo Roux
Journaliste