Dans ce pays, le commerce en ligne jouit d'un printemps – ou même d'un été – éternel, la seule ombre au tableau étant le vent froid soufflant de la structure oligarchique du monde des affaires.

Chine, 2012 : hiver du commerce en ligne. 2013 ? Renforcement de l’oligarchie

 

 

En décembre, j’ai fait la liste des sites de commerce en ligne ayant déclaré forfait ou croulant sous les dettes en 2012. La surprise, c’est que j’ai découvert que ce soi-disant « violent vent d’hiver » n’avait pas beaucoup affecté le nombre de « morts » ou de « victimes », comparé à la même liste en 2011.

La définition de « 2012, hiver du commerce en ligne » devrait, pour être plus précis, s’appeler « hiver du capital du commerce en ligne » puisque les investisseurs ne sont plus d’accord d’arroser ce secteur sans compter. C’est compréhensible. De nombreuses entreprises de commerce en ligne ont été inondées de capitaux démesurément élevés. Cependant, une fermeture soudaine du robinet des capitaux pourrait les laisser comme des poissons hors de l’eau, tentant désespérément de respirer, pour finir par mourir lentement et en silence ; s’ils ont de la chance, ces « poissons » pourraient être placés dans l’étalage du marché des capitaux pour être rachetés, comme par exemple Redbaby repris par Suning.

Le royaume chinois du commerce en ligne a terminé la mise en place de sa structure organisationnelle oligarchique (peut-être un terme un peu trop fort et inapproprié ici, mais je souhaite néanmoins l’utiliser).

Les quelques statistiques en disent long (selon iResearch Q3, 2012)

Le marché grandiose Taobao représente 95,43% du marché C2C.

Quant au B2C :

La part de marché de Tmall (le frère jumeau de TaoBao) représente 54,6%.

Il est indispensable de faire une petite digression : Taobao et Tmall revendiquent un chiffre d’affaires conjoint de 1.000 milliards de RMB (environ 159 milliards de dollars) au cours des 11 derniers mois. Mais, qu’il s’agisse de C2C ou de B2C, cette double entité – au lieu de fonctionner comme un magasin en ligne – se présente plutôt comme une structure d’accueil de tous les commerces en ligne (un peu comme une espèce de Bourse de valeurs). Si on additionne les montants de toutes les transactions de l’ensemble des commerces de sa plate-forme, on peut en arriver à avoir le tournis face à ces chiffres astronomiques. En réalité, les experts locaux ont estimé que les revenus réels de Taobao et de Tmall provenant des publicités, des services de support technique, etc. se situaient aux alentours de 30 milliards de RMB. Malgré tout, à travers le prisme de « 1.000 milliards de RMB de chiffre d’affaires », nous pouvons percevoir la domination de Taobao et Tmall.

Le tapageur mais néanmoins puissant commerce en ligne 360buy a acquis une tranche de 21,8%

QQmall, géré par Tencent s’est adjugé 4,5%

Le géant offline électronique Suning a poussé un tentacule en ligne suffisamment puissant pour grignoter 4,2%

(Et je vous prie de m’autoriser à ne pas citer les acteurs qui détiennent moins de 4% de part de marché)

Ces « grands garçons » sont en train de prendre fermement pied sur le terrain chinois du commerce en ligne ; ils se livrent une bataille féroce, écrasant au passage tous les « petits garçons » se trouvant sur leur route. Il est probable que les « petits garçons » ne sont plus autorisés à participer à ce petit jeu de commerce en ligne. Ils pourraient bien sûr toujours essayer, mais la question est de savoir s’ils pourront sacrifier leurs bénéfices pour gagner du trafic et brûler leur cash comme le font les « grands garçons ».

Bien entendu, je n’exclus absolument pas que quelques rares acteurs du commerce en ligne verticaux réussiront à survivre, car il se peut qu’il y reste un peu de place pour des acteurs indépendants.

Quoi qu’il en soit, je prévois qu’en 2013, l’oligarchie du commerce en ligne chinois continuera à se renforcer.

 

 

 

Rédigé par Cécilia Wu
English & Chinese Editorial Manager