L'activisme sur Internet comme outil de propagande ? C'est le pari risqué que vient de prendre le gouvernement chinois.

Par Carine Senft-Gouin, Senior Strategic Planner chez Agenda Asia
Les attaques politiques du monde occidental, tout comme la flamme Olympique, ont eu un trajet mouvementé et sont arrivées en Chine déguisées en attaques contre le peuple chinois. Il ne restait plus au gouvernement qu’à écraser sa cigarette sur la poudrière nationaliste et c’est parti pour le show. Internet et le téléphone mobile ont été les canaux majeurs de diffusion de la propagande. Anti-cnn.com, qui se déclare indépendant - dont le design est si pauvre que ça en devient suspect, fut le premier publié. Un marketing viral bien rodé. Les jeunes Chinois affichaient leur patriotisme en mentionnant l’adresse du site sur leurs MSN. Puis l’appel au boycott des produits français a envahi la Toile après le passage de la flamme dans les rues de Paris.
Le gouvernement débordé
Là encore, des messages pré-mâchés, packagés. Contre Carrefour et LVMH surtout, accusés sur tous les forums de financer  "la clique" du Dalaï Lama. Des faux débats comme "faut-il provoquer des pertes d’emplois chez Carrefour ou se laisser insulter par les Français ?",  des millions de SMS... Bref en quelques heures un peuple silencieux et discret s’est dressé le poing en l’air, prêt à dégainer. Certes la communication du gouvernement était extrêmement bien ficelée pour éveiller subitement les consciences patriotiques et ériger la moitié du continent en victime de l’autre. Mais elle s'est fait quelque peu déborder par les activistes qui opèrent sur le web. Plusieurs cabinets d’études dont Stratford planchent actuellement sur ces nouveaux réseaux révélés par la mobilisation sans précédent de ces dernières semaines.
Maîtrise parfaite de l'animation de communauté
Une mobilisation qui voit émerger une armée de cyber-citoyens organisés, maîtrisant à la perfection l’animation de communautés virtuelles et les messages politiques simples, directs et fédérateurs. Mais ce réseau, supposé docile, montre déjà ses faiblesses. Alors que le message du gouvernement appelle au calme et au respect des lois lors des manifestations (traduisez : vous arrêtez maintenant), les appels continuent sur le web contre Mac Donald et KFC. Pour l’instant, leur action soutient celle du gouvernement. Mais demain ? Un réseau légitime et crédible ne serait-il pas en droit de dénoncer des conditions de travail inégales dans une province Chinoise ? Dans ce cas, le web participatif serait lui en droit de reprendre les siens.