Des applications de management de projets aux drones pour réaliser des inspections, le secteur du BTP commence peu à peu à faire usage du digital pour augmenter la productivité des travailleurs et renforcer la sécurité sur les chantiers.

« Construction Tech » : la digitalisation du BTP est en marche

Selon Oxford Economics, en 2030, le BTP représentera un marché de 17.500 milliards de dollars à l’échelle mondiale. C’est 85 % de plus qu’en 2014. La croissance du secteur sera principalement entraînée par 3 nations , la Chine, les États-Unis et l’Inde, qui concentreront 57 % du marché. Dynamique, le marché américain de la construction enregistrera un taux de croissance annuel de 5 % (devant la Chine). De manière assez surprenante, il occupera la 4e place du marché mondial du logement derrière l’Inde, la Birmanie et le Vietnam.

Contributeur à hauteur de 14,5 % du PIB mondial en 2030 (contre 12,4 % en 2014), le BTP constitue indéniablement un secteur clé de l’économie mondiale. Toutefois, un constat s’impose : il tarde à se numériser et n’a pas enclenché de transition digitale majeure. Les nouvelles technologies peuvent pourtant répondre efficacement aux défis des entreprises de la construction. D’après une étude menée par KPMG en 2015, au cours des trois dernières années, moins d’un tiers des projets menés par des entreprises de BTP respectent les budgets initiaux. En outre, un quart d’entre eux ont été achevés dans les délais impartis. Enfin, seuls 32 % des maîtres d’ouvrage accordent une grande confiance aux entreprises de construction avec lesquelles ils travaillent. Plus encore que les enjeux de productivité, de qualité, de gestion de la complexité et des coûts, la sécurité demeure encore aujourd’hui un sujet épineux pour le BTP. Selon le Ministère américain du travail, il y aurait en moyenne 19 morts chaque semaine dans le secteur de la construction aux États-Unis.

Les investissements dans la « Construction Techh » sont en augmentation rapide

2015, une année record pour les investissements dans la « Construction Tech »

Pas étonnant, donc, que les start-ups se multiplient dans le domaine de la construction. Certains parlent même de « Construction Tech » pour désigner cette tendance qui se confirme. Selon CB Insights, les investissements dans le secteur consacrés au digital auraient quadruplé entre 2010 et 2015, passant de 51 à 254 millions de dollars. 2015 fut d’ailleurs une année record pour la Construction Tech, notamment marquée par une levée de fonds au montant historique : 50 millions de dollars raflés en décembre dernier par Procore, une entreprise qui développe un logiciel de management de projets à destination des entreprises de la construction.  

Favoriser la productivité des salariés par la collaboration

Parler de digitalisation du BTP, c’est d’abord parler de la numérisation des plans. Tracy Young, fondatrice de PlanGrid, une start-up qui aide les entreprises de construction à faire usage de supports digitaux, l’expliquait à l’occasion de Tech Crunch Disrupt à San Francisco l’an passé : « Le problème du papier dans le secteur de la construction saute aux yeux de tout le monde, les ingénieurs, les maîtres d’ouvrage comme les travailleurs sur le terrain. Les plans, au coeur de la construction, sont encore aujourd’hui pour la plupart non digitalisés. Or, au cours d’un projet, les modifications sont constantes. Comme vous pouvez l’imaginer, lorsqu’on souhaite déplacer un mur de 15 mètres, ce sont des dizaines de pages de plans qui devront être corrigées ! ».

PlanGrid propose ainsi un logiciel accessible sur tablettes et smartphones qui permet de renseigner les changements de plans en temps réel via un système d’annotations. La start-up, qui fut la première entreprise de logiciel pour la construction disponible sur iPad a aujourd’hui réussi à lever un total de 58 millions de dollars pour soutenir son expansion. À l’heure actuelle, elle aurait stocké sur le cloud plus de 40 millions de documents pour l’industrie de la construction.

De la digitalisation des documents à celle des tâches, il n’y a qu’un pas ! Fieldwire, une jeune pousse de San Francisco ayant récemment levé 6 millions de dollars, propose un outil de collaboration pour les chantiers. Le but poursuivi par Fieldwire fait écho à PlanGrid : augmenter la productivité en fluidifiant la communication et le passage d’informations entre les travailleurs impliqués sur le chantier. Munis de tablettes, ils peuvent réaliser les contrôles qualité, la levée des réserves avec signature électronique mais aussi assigner des tâches via le logiciel de Fieldwire.

Retrouvez notre chronique sur Fieldwire dans L’Atelier numérique !

Étant donné la diversité des métiers et le grand nombre d’entreprises impliquées sur un chantier, la coordination des forces vives est essentielle. Buildcon, une start-up serbe, propose une application mobile et web de gestion globale du chantier. Celle-ci permet aux ingénieurs et maîtres d’ouvrage d’enregistrer au fur et à mesure les avancées d’un chantier en rentrant directement des données dans l’application ou en prenant des photos. « Les maîtres d’ouvrage et les ingénieurs ont généralement à disposition plusieurs logiciel très compliqués à utiliser. Avec Buildcon, via une seule et même application, ils peuvent en temps réel traquer leurs ressources, la répartition des tâches, les délais et lesbudgets, et ainsi disposer d’une vue d’ensemble sur l’évolution du chantier. Au cours d’un projet, il y a en permanence des coûts cachés qui s’additionnent. Via l’application, il devient possible de prendre en compte ces coûts supplémentaires et garder un oeil sur le budget. Aussi, l’appli constitue un bon outil de reporting, elle permet par exemple l’envoi automatisé de rapport aux investisseurs », explique Janko Stojanovic, co-fondateur et CEO de Buildon. Pour l’heure, la jeune pousse, passée par l’accélérateur 500 Startups à San Francisco, concentre ses activités en Europe et cherche à lever des fonds pour développer son produit et intégrer les retours de ses premiers utilisateurs.

Renforcer la sécurité sur les chantiers

« Chaque jour près de trois personnes périssent dans le secteur du BTP aux États-Unis. Ces pertes humaines tragiques peuvent être évitées. Sans parler des coûts colossaux qu’elles entraînent pour l’industrie. », commente Peter Grant, CEO de la start-up Safesite.

Les récentes avancées en matière de robotisation offrent la promesse d’enrayer ces statistiques éloquentes. Nous parlions il y a quelques mois de Gecko Robotics, une start-up fraîchement sortie du Y Combinator, qui développe des robots réalisant des inspections sur les sites d’usine sensibles. Dans l’environnement de la construction, les drones pourraient bien avoir un rôle similaire. RedBird, une start-up française passée par les bancs d’Ubi i/o, programme d’accelération porté par BPI France et Business France, a développé une plateforme cloud d’analyse d’images récoltées par des drones, à destination des entreprises de la construction notamment. Cette technologie rend possible la cartographie de zones complexes avec une précision sans précédent. Le tout dans le but de prendre des décisions plus intelligentes reposant sur des données. RedBird, qui a déjà levé plus de 3 millions de dollars, compte depuis peu Caterpillar et GDF Suez (Engie) parmi ses clients.

 

 

Grâce aux drones, BetterView, une start-up californienne, se concentre, quant à elle, sur l’inspection de bâtiments. L’entreprise opère par le biais d’un réseau de propriétaires de drones aux États-Unis. Une fois recrutés et formés par l’équipe de BetterView, ce sont eux qui capturent les images et les données pour un site ou un bâtiment donné. « DJI, leader du marché de la commercialisation de drones, vend chaque mois près de 100 à 200 000 appareils dans le monde, et ça ne fait que commencer. En passant par un réseau de partenaires, nous tirons profit de la croissance du marché ! », explique David Lyman, co-fondateur et CEO de BetterView. Les informations sont ensuite analysées et transformées en des recommandations actionnables par les entreprises de la construction. Il poursuit : « Nous permettons une estimation certifiée des risques à distance. Notre technologie trouve notamment ses applications pour l’inspection des toits, là où interviennent souvent des humains. Nous pouvons même parvenir à une estimation chiffrée des dommages ». La loi en faveur de l’usage commercial des drones passée récemment par la FAA (Federal Aviation Administration) ne peut qu’être porteuse de bonnes nouvelles pour les start-ups du secteur.

 

 

Dans le même registre, Safesite, start-up basée à San Francisco, s’attaque à ce que son fondateur Peter Grant appelle « la culture de la sécurité ». L’entreprise a mis au point une application mobile qui aide au management de la sécurité. En naviguant dans l’application, les travailleurs sont guidés étape par étape à travers l’ensemble des tâches à effectuer pour être en conformité avec les standards de sécurité lors d’une inspection. Ils peuvent également y renseigner leurs observations et les dangers potentiellement identifiés sur le terrain.

L’algorithme mise au point par les équipes de Safesite se charge d’enclencher l’envoi de notifications, alertant le travailleur en cas de risque élevé. « Le recours au support mobile pour améliorer les process sur les chantiers est aujourd’hui d’environ 25 %. 15 % des entreprises de la construction au mieux ont recours à des applications pour mitiger les risques. Ces chiffres ne peuvent que croître ! Notre service se présente comme une valeur ajoutée aux produits d’assurance. L’objectif est de favoriser la culture de la sécurité parmi les entreprises de construction. Celle-ci est essentielle pour renforcer concrètement la sécurité sur le terrain. Nous sommes impliqués dans plus de 800 projets à l’heure actuelle et nos cas d’étude s’avèrent prometteurs. Nous avons réussi à réduire le taux d’accident de 19 % chez certains de nos clients », détaille Peter Grant.

Qu’il s’agisse de logiciel de gestion des projets de construction ou de solutions innovantes pour renforcer la sécurité sur les chantiers par le biais des drones ou d’applications mobiles pédagogiques, l’innovation dans le secteur du BTP offre le potentiel de répondre efficacement aux défis des entreprises de la construction. La productivité au travail est renforcée, la gestion des budgets et du temps améliorée grâce à des outils de surveillance en temps réel des activités. Par ailleurs, une baisse du taux d’accident sur le lieu de travail est possible grâce à des supports digitaux qui aident le travailleur à se protéger des risques au quotidien. Dans ce monde du digital prompt à s’emballer et à « marketer » tout et n’importe quoi, le terme de « Construction Tech » est cette fois pleinement justifié.

Rédigé par Pauline Canteneur