Des artistes questionnent les rapports que l'homme entretient physiquement avec les nouvelles technologies.

Par Sophie Maurice, chargée de communication au sein de l'entité Image Corporate et Evénements de BNP Paribas.
Nos postures, notre anatomie et nos mouvements peuvent maintenant être guidés et contrôlés par les technologies. L’œuvre d’Indira Cruz, En corps à corps, joue avec la posture du spectateur. Trois séquences vidéo se déclenchent en fonction de la position du public dans la pièce. C’est la manière dont on engage son propre corps dans l’installation qui guide le scénario du film. Lorsque le spectateur entre, il découvre des images de voiles en mouvement et quelques détails de corps. Puis s’il s’avance, des webcam détectent sa présence et un programme déclenche la projection d’images de deux corps féminins qui se caressent. Si le spectateur décide de s’approcher encore plus de l’écran, il rentre dans une zone dans laquelle les images deviennent floues. L’interaction débute lorsque l’on s’engage physiquement pour débuter une relation "sensuelle" avec cette image projetée. Notre corps est utilisé comme medium pour accéder à l’œuvre.
La technologie guide nos mouvements
On va un cran plus loin avec le Project machine mensch, conveyor belt experiment conçu par Tobias Zucali et Christopher Rhomberg. Ils posent la question du devenir de la société si la technologie outre passait ses droits et en venait à guider nos mouvements. Trois personnes prennent place sur une chaîne de montage. Equipés de stimulateurs électromagnétiques de muscles, leurs bras sont contrôlés par la machine qui leur envoie des impulsions afin qu’ils éjectent des cubes d’un tapis roulant. C’est le programme informatique qui détermine quand et comment le bras va bouger et il est impossible de résister. Le programme informatique contrôle les muscles et les terminaisons nerveuses des gens pour faire de leurs membres des appendices de la machine. Le corps devient une interface. Dans les cas les plus extrêmes le corps devient l’objet de l’œuvre. Le travaille de Stelarc radicalise l’interaction homme - machine afin de doter le corps de composants informatiques.
Le corps objet de l'œuvre
En 2007, après treize ans de négociation avec une équipe de chercheurs, il s’est fait implanter une "oreille" équipée d’un microphone bluetooth dans le bras. Cette oreille est connectée à Internet et n’importe où sur terre on peut entendre l’environnement sonore dans lequel il se trouve. Il lui est impossible de censurer la connexion, le corps est colonisé par les nouvelles technologies au point de supprimer toute intimité à l’artiste. Le corps technologiquement augmenté devient l’objet du design. Malheureusement ou heureusement cette expérience n’a pas fonctionné : l’implant s’ést infecté et a du être retiré. J’essaie de rester cyberpositive, de me dire que la science va étendre les possibilités du corps humain. Mais en même temps le souvenir de films de science fiction où la machine réduit l’homme en esclavage raisonne dans ma tête. D'où l'intérêt de ces trois projets, qui mettent en avant les perversions du progrès qui n’a d’intérêt que si l’éthique lui impose des frontières.