Je discutais récemment avec quelques amis, dans un restaurant japonais, de l'évolution des nouvelles technologies, et des bouleversements qu'il était possible d'anticiper pour les années à venir. Je pensais faire forte impression avec mes connaissances acquises en matière de cloud computing, de crowdsourcing, de sécurité informatique, d'application géolocalisée ou de réalité augmentée. Mais quelques minutes suffirent à mettre un terme à mon espérance de gloire ateliérienne. La conversation - je ne peux me l'expliquer, peut-être était-ce l'atmosphère générale, les nouilles sautées, les nuages de vapeur, les serveurs qui passaient près de nous ? - vint très vite se centrer sur le sujet suivant : à quoi ressemblera la cuisine du futur ?
Ce qui intéressait les personnes autour de moi, ce n'était pas la disparition programmée des logiciels bureautiques, le développement du marketing local, les bouleversements induits par les smartphones ou les économies d'énergie générées par l'instauration du smart grid. Non. Vraiment pas.
Ce qui captivait mon entourage, ce soir là, c'était de savoir comment les nouvelles technologies allaient pouvoir être utilisées pour simplifier la vie des cuistots. Activation par avance des micro-ondes, découpage automatique des carottes, frigidaire intelligent, etc. etc. etc.
Autant dire que je n'avais pas grand-chose à raconter pour me mettre en valeur.
Aussi, quel ne fût pas mon désarroi, quelques jours plus tard, alors que je n'en finissais pas de digérer ce dîner - et la conversation qui l'avait accompagné - de découvrir qu'Ikea venait de publier une étude sur la "cuisine du futur".
J'étais sidéré.
Je parcourais les lignes de ce communiqué, apprenant tout d'un coup que dans le monde des années 2040, la cuisine allait être une "amie intelligente", "attentive", à la fois "lieu de la santé" au cœur du foyer, "structure culturelle et sociale", "berceau des connexions humaines", et "force technologique animée", simplifiant la vie au quotidien, la rendant propre, durable, et agréable.
Une étude menée auprès de 2600 personnes tout de même. Une étude sérieuse donc. 2600 personnes habitant au Royaume-Uni (les Anglais étant, c'est bien connu, les personnes les plus appropriées pour évoquer tout ce qui se rapporte à l'art culinaire).
Trois thèmes étaient mis en avant : le "retour à la nature" (ça m'évoque le Retour à la Terre), les "cuisines intelligentes" (ce qui m'a fait prendre conscience que mes amis ont plus le sens de la prospective que moi), et même les "cuisines émotionnelles" (là, ça a commencé à m'angoisser).
Mais je préfère vous laisser découvrir par vous-même les conclusions de cette étude. Je dois digérer tout ça, comprenez-moi.
(simplement, j'aime beaucoup l'éplucheur de bananes).

Rédigé par Basile Segalen