Gigantesque vitrine marketing, le Mobile World Congress de Barcelone s'est fait une fois de plus cette année la pythie des tendances mobiles à venir. Parmi elles, la recomposition de la chaîne de valeur mobile.

Par Thomas Husson, analyste senior chez Jupiter Research
Avec près de 60 000 personnes, le Mobile World Congress est devenu la Mecque du mobile. Cette année, au-delà des débats sur les solutions technologiques de long terme qui structureront l'industrie de demain (Long Term Evolution semblant avoir enfin pris le pas sur le Wimax), les nouveaux terminaux et les nouveaux services ont donné un avant-goût impressionnant de ce que sera le monde numérique de demain. Grâce à la technologie NFC, de nombreuses applications pourront voir le jour comme les paiements ou la biométrie sur mobile. Les téléphones GPS permettent déjà de bénéficier de services géolocalisés qui font sens dans un univers de mobilité où chaque utilisateur veut rester en contact avec sa tribu. De nombreuses offres commencent d'ailleurs à marier réseaux sociaux, indicateur de présence en mobilité et localisation géographique.
De nouveaux entrants
Bref des terminaux (16GB de mémoire avec le dernier Nokia) aux réseaux haut-débit, l'innovation est palpable et stimule de fortes attentes de revenus de la part des différents acteurs. C'est notamment la raison pour laquelle le secteur attire de nouveaux entrants : d'Apple à Garmin aux marques Internet en passant par les acteurs médias, c'est l'ensemble de la chaîne de valeur mobile qui, à mon sens, est en train de se reconstituer. Avec son premier téléphone, le fabricant de Mac et d'iPod réussit ainsi à imposer aux opérateurs partenaires un partage de revenus voix/data jamais obtenu. Nokia rachète pour sa part Navteq et veut créer une nouvelle marque de services OVI, T-Mobile signe des partenariats avec Yahoo! et une ribambelle d'acteurs Internet se lancent à leur tour dans des plates-formes convergentes dites 2.0. Des start-up qui multiplient d'ailleurs les accords directs avec les constructeurs de terminaux pendant que les premiers acteurs pure-mobile players continuent leur mouvement de consolidation (Buongiorno, Jamba, La NetroZed).
Pas de marché de masse avant dix ans
Sans oublier Orange France qui achète pour 200 millions d'euros de droits du football alors que le groupe France Telecom n'a généré que 400 millions d'euros de contenus fixes et mobiles en 2006! Les stratégies divergent de plus en plus, mais chaque acteur se ménage une porte de sortie, sachant que certains vont disparaître et que la recomposition ne fait que commencer. Je pense qu'une seule chose est sûre : la téléphonie mobile étant la technologie qui s'est répandue le plus rapidement dans le monde, la plupart des acteurs s'attendent à des taux de croissance phénoménaux des nouveaux services multimédias. A supposer que le marché décolle au même rythme, je ne crois pas qu'un marché de masse sera atteint avant une décennie. Il faut donc savoir raison garder et ne pas trop s'emballer sur les usages prometteurs des early adopters!

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