Les développements les plus spectaculaires du web résident dans la valorisation de la relation, du lien social, du partage et de la mobilisation collective. Mais tout cela n'est encore qu'un fantasme.

Par Pierre Chapignac, consultant associé, Rivière Consulting

Le socioweb, c'est quoi ? C’est le principe de Google : "Lisez les pages les plus lues" !. C’est le credo de Wikipedia : "Unissez vos connaissances pour mieux les partager" !. C’est le miel de Facebook et des autres réseaux sociaux : "Les amis de vos amis sont mes amis". Certes, l’utopie de la communauté a toujours accompagné les médias, que ce soit la presse écrite, la radio, la TV... Mais, la matrice technique restait le mass média : la diffusion y est une fonction centralisée et donc un pouvoir, quelles que soient les bonnes intentions de celui qui l’exerce. Le web permet de s’affranchir de cette matrice. C’est là que l’innovation technologique vient nourrir l’innovation sociale et organisationnelle. Ce faisant, "tout fout le camp" : la propriété, le pouvoir dans les organisations, les chemins de la connaissance, l’autorité des experts, etc. C’est la fin du monde. Pour moi, ce sont les prémisses d’un nouveau monde.
Grand chambardement ou fantasme ?

À bien y regarder, ce grand chambardement, qu’il soit réjouissant ou effrayant n’est pour l’instant qu’un fantasme. Le modèle économique d’un monde communautaire reste à inventer. L’unique ressource reste celle de la publicité, c'est-à-dire d’un mode d’échange bien établi et non innovant. Outre cette contradiction intrinsèque, la manne publicitaire ne pourra jamais financer l’énorme potentiel de service contenu dans la dynamique communautaire. Quant à la dimension sociétale, les valeureux cadres du glorieux Parti Communiste Chinois nous ont prouvé récemment que l’on pouvait contrôler le web tout en le développant. Mieux encore, ces brillants rétro-innovateurs en ont fait une arme au service du contrôle social. Alors, la fête est finie ? Si l’innovation sociale et organisationnelle tarde à venir ce n’est peut-être pas le produit de la force d’une résistance conservatrice.
Quelles innovations ?
Certes, les détenteurs de pouvoirs développent des applications web qui sont conçues pour pérenniser leur assise et maintenir les règles économiques et politiques qu’ils maîtrisent. Et toute personne ayant un minimum de responsabilité collabore à ce processus (c'est-à-dire le lecteur comme l’auteur de cette chronique). Mais, ce faisant, de nouveaux usages progressent incognito. De nouveaux points d’équilibre se dessinent. De nouveaux possibles se construisent. Il faut donc d’abord s’interroger sur la faiblesse de nos capacités d’innovation. L’innovation sociale et organisationnelle, c'est-à-dire la grande innovation, passe par l’accumulation d’une multitude d’innovations pratiques et concrètes qui prennent appui sur la dynamique du socioweb. Il nous reste donc à travailler avec ténacité pour concevoir la forme concrète des multiples services possibles, à les expérimenter, à identifier leur modèle économique. Le web est une merveilleuse promesse. Mais, c’est surtout un chantier.