Proposer à une entreprise de prototyper rapidement ses idées nouvelles. Gagner sa confiance. Et pouvoir ensuite avec elle co-concevoir ses produits et services innovants. Le concept fait recette.

Par Clément Léocadie, Project Designer chez faberNovel et étudiant du Master PIC (Ecole Polytechnique)
L’innovation dans les services est en forte croissance alors même que la plupart des entreprises, centrées sur leur métier, éprouvent des difficultés à sa réalisation. Ceci explique en partie le succès de l’open innovation. Le principe ? Acquérir des compétences de l’extérieur. Par exemple en faisant appel à un cabinet de conseil, des plates-formes de partage des savoirs (InnoCentive), des médiateurs qui connectent entreprises et experts (Presans), ou encore des sociétés de coaching en créativité (Auki). Mais ces acteurs ne vont pas jusqu’à la "mise en œuvre". J’ai identifié une nouvelle forme d’open innovation qui paraît répondre à cette attente : l’innovation déléguée. Et si le "faire" était externalisé ? Ceci tout en gardant le contrôle : en déléguant "prudemment". L’enjeu principal de cette démarche que je nomme "délégation prudente" devient alors son cadrage, prenant la forme d’un cahier des charges qui fixe le périmètre d’action du mandaté.
Du prototypage rapide…
Le prototypage rapide des idées répond à cet enjeu de cadrage de l’innovation déléguée. Et le prototype qui en découle permet à l’entreprise cliente d’avoir "quelque chose" à montrer, à communiquer en interne comme à l’extérieur. Mais cadrer pour innover, n’est-ce pas paradoxal ? Cadrer, n’est-ce pas geler le processus d’exploration ? J’ai ainsi observé que le prototype se révèle souvent lacunaire en terme d’adéquation aux usages, et marque la plupart du temps l’arrêt du processus : les BU n’étant pas toujours impliquées dans le "faire", il est difficile de réintégrer l’innovation dans les processus internes de l’entreprise. La démarche se révèle être néanmoins un outil efficace de co-apprentissage pour les deux entreprises, cliente et délégataire, et permet à cette dernière de se créer des références.
…à la co-conception de service innovant
Lorsque la "délégation prudente" a porté ses fruits, que la confiance est là, l’entreprise cliente envisage souvent d’aller plus loin… Le délégataire est alors impliqué en amont du processus. Il ne se "transforme" pas en cabinet de conseil mais au contraire applique les mêmes recettes que précédemment : avancer avec le client dans l’exploration grâce à la conception en amont et la réalisation de prototypes qui favorisent les découvertes fortuites, matérialisent les usages, tout en s’inscrivant dans la démarche d’innovation de l’entreprise. Il s’agit ici de co-concevoir des produits et services qui sortiront sur le marché. Je préfère alors parler de coopération plutôt que de cadrage : le risque est plus important, l’entreprise délègue "pour de vrai" ! Mais le délégataire trouve sa place en assurant la cohérence globale du nouveau service, la simplicité du parcours client, tout en parvenant à mobiliser les équipes internes du délégant. Pour les entreprises, l’innovation déléguée devient alors une alternative prometteuse aux internal ventures.