Le débat sur la fin de l'Internet illimité est une conséquence de la question de la saturation potentielle des infrastructures en place et donc de leur conditions d'accès et de partage.

Dans mon dernier livre, j’évoque la saturation du Net- notamment dans le contexte de l'Internet des Objets et destraitements massifs de données évènementiellesgénérées par des lectures de supports d’identifiants d’objets physiques(RFID, barcode, etc.)et démontre que l’efficacité de tout système d’information, conçu selon les approches fonctionnelles actuelles, diminue de façon inversement proportionnelle à la complexité des organisations traitées. Internet, permettant l’interopérabilité de ces organisations, doit véhiculer toujours plus de données : c’est un fait. Pour pallier toute congestion, le discours ambiant se résume ainsi : " Internet se raréfie car il est impossible de l’étendre sans cesse... donc ses conditions d’accès et de partage doivent être plus sélectives… donc son coût doit augmenter". Les conditions de rareté et d’utilité déterminent en effet la valeur économique d’une ressource et ce discours, simpliste, se retrouve dans tous les secteurs d’activités où des matières premières sont consommées : énergie, alimentation, industrie, etc.

Est-ce le problème immédiat ?

Face à un problème de raréfaction, deux options (complémentaires) sont notamment possibles : intervenir directement sur le coût de la ressource (valeur économique) ou influencer les comportements et usages relatifs à son accès et son partage (système de valeurs). La première est la plus simple à mettre en œuvre, la seconde est plus audacieuse... Elle nécessite d’intervenir « par le haut », via une autorité régulatrice qui veille au bon fonctionnement de l’organisation exploitant la ressource et qui assure que ses éléments agissent en convergence de buts. Deux conditions préalables sont donc indispensables : il faut une autorité et elle doit être capable de comprendre la véritable nature du problème.

Cibler les principaux fautifs

Or, dans ce problème de saturation, les principaux responsables sont nos systèmes d’information - puissants auxiliairesde nos organisations sociotechniques  -qui utilisent Internet de façon dispendieuse car ils sont mal conçus. Avant toute chose, il convient donc de commencer par revoir l'usage que nos systèmes d’information en font ; et donc de s’attaquer à leur conception et intégration dans nos organisations. Depuis plus d’un demi-siècle, les acquis de l’école sociotechnique, des sciences de la complexité ou de la cybernétique nous inspirent des solutions concrètes, qui permettent ce changement de paradigme : il ne manque donc qu’une impulsion venant d’en haut. La raréfaction d’Internet est donc similaire à celledes ressources naturelles : une utilisationresponsable,intelligente et raisonnée en permet l'économie et repousse le problème.À quand un « grenelle de l’informatique » ?