Parce qu'ils offrent aux voyageurs une multitude d'options, les systèmes de paiement multi support ouverts aux différents réseaux de transport urbains vont devenir incontournables pour les entreprises de transport public.

Par Pierre Bosche, directeur mondial du Conseil en Technologies d’Accenture pour le secteur de la Finance.
Les systèmes de paiement multi support permettront aux voyageurs de franchir les tourniquets du métro en "badgeant" leur carte bancaire. Ou plus simple encore, de valider leur titre de transport en passant leur téléphone devant un capteur lorsqu’ils monteront dans un bus. Néanmoins, de nombreux défis restent à relever pour voir ce futur se réaliser. La plupart des réseaux de transport utilisent une technologie fermée, basée sur un système de paiement qui leur est propre. Par rapport à l’argent liquide ou au ticket papier, il présente un avantage majeur pour l’opérateur de transport qui sait ainsi d’où viennent et où vont les voyageurs. L’interopérabilité des systèmes apportera des changements radicaux : les clients auront le choix du support électronique (carte bancaire, téléphone mobile, carte privative) mais l’opérateur ne pourra plus suivre aussi précisément leurs trajets. Cette ouverture risque paradoxalement de désorienter le voyageur : à qui s’adressera-t-il en cas de problème ?
Proximité avec le client
C’est pourquoi, même dans le cas de l’utilisation de cartes sans contact - où la banque gère les transactions financières - l’entreprise de transport doit conserver une proximité avec le client. Si la carte d’un voyageur ne "passe" pas, l’opérateur doit pouvoir lui venir en aide en entrant directement en contact avec la banque. Les défis ne s’arrêtent pas là. Impossible pour les opérateurs de transports d’adopter un système de paiement multi-support du jour au lendemain. Il leur faut prévoir une phase de transition au cours de laquelle la nouvelle technologie coexistera avec le système en place. Cette étape peut s’avérer extrêmement complexe. Notamment parce qu’elle implique la gestion de l’ensemble des offres tarifaires des différents réseaux de transports urbains. Les opérateurs doivent envisager la mise en œuvre d’une plate-forme qui prendra en charge tous les types de supports et d’appareils. Soit une architecture centrale unique qui gèrera les comptes clients, assurera le traitement des transactions et calculera le prix des titres.
Des systèmes inter-cités
La technologie NFC (Near Field Communication) est, à titre d’exemple, révolutionnaire dans le domaine du mobile sans contact. Son application billettique communique avec la technologie embarquée du mobile, offrant des possibilités comme le rechargement ou le relevé de comptes instantané. Mais il est rare qu’un mobile de base fasse office de carte électronique. Une fois encore, la clé réside dans la capacité de l’architecture centrale du système. Une fois levés les obstacles qui relèvent de la technologie, mais aussi du comportement humain, on peut imaginer une généralisation rapide des cartes bancaires sans contact. Dans quelques années, des systèmes de paiements multi-support communs à plusieurs villes verront le jour dans les transports. Mais pour le moment, les innovateurs ont fort à faire avant que l’interopérabilité technologique des transports publics ne devienne réalité.