Une installation poétique et venteuse de Pascal Chirol nous questionne sur la nécessité pour un artiste de se positionner et sur le besoin d'une certaine forme de radicalisme.

Par Sophie Maurice, chargée de communication au sein de l'entité Image Corporate et Evénements de BNP Paribas.
Une installation poétique et venteuse de Pascal Chirol nous questionne sur la nécessité pour un artiste de se positionner et sur le besoin d'une certaine forme de radicalisme.
Drawing Object (Wind Draws) de Pascal Chirol est un système composé de quinze ventilateurs disposés en cercle. Reliés à un ordinateur, leur déclenchement est contrôlé par le logiciel Wind Earth. Celui-ci reçoit en temps réel par Internet les données de 3978 stations météo situées dans le monde entier. Ce flux d’informations matérialisé sur l’écran de l’ordinateur de manière épurée et graphique nous renvoie à des données scientifiques d’une grande précision (pression atmosphérique, humidité, température, orientation et puissance du vent). Au milieu de ce cercle venteux un "objet dessinant" qui peut revêtir la forme d’un bateau avec une pointe noire ou d’un gobelet percé d’un crayon, se balade au gré des vents interprétant et matérialisant des mouvements de masse d’air. Ce qui en résulte : le dessin est une extension poétique de ce programme complexe. Cette installation traite du sujet qui revient le plus souvent dans les conversations: la météo. 
Intégrer de la poésie dans le chaos
 
On essaie de l’anticiper, de la maîtriser, elle joue sur notre moral et bien que nous soyons totalement impuissants face aux phénomènes naturels, cette installation réintègre de la poésie dans ce qui peut devenir un chaos.  Drawing Object (Wind Draws) navigue entre la volonté de rentrer dans le système de diffusion de l’art des musées et des galeries pour être reconnu et achetable, tout en proposant en téléchargement libre le logiciel qui constitue l’essence de l’œuvre. L’absence de radicalité dans ce projet a un côté attendrissant. Comme par peur d’être enfermé dans une catégorie, l’artiste ne veut pas se positionner et propose une solution où tout le monde peut y trouver son compte. A mon sens cette installation impressionnera les passionnés d’informatique et autres programmeurs avertis quand ils se pencheront sur le logiciel Wind Earth réalisé en Processing et les amateurs d’art comme moi qui s’attacheront à son application en temps réel et aux produits qui en résultent. 
 
Pourquoi dévoiler le logiciel ?

Mais finalement est-il important de comprendre comment chaque ventilateur est contrôlé ? Nous sommes habitués à ce que les données diffusées par la météo ne soient pas fiables. On accepte la part d’aléatoire et de hasard qui peut survenir de cette œuvre générative. Chaque volet de cette œuvre : le logiciel open source (téléchargeable et gratuit) et sa mise en espace, sont des éléments fondamentaux du net art et tout à fait pertinents. Mais additionnés dans une même installation ils ont tendance à se contredire. Je me questionne principalement sur l’utilité de dévoiler le logiciel. Cela m’a perturbée au point que je me suis plus attachée à comprendre comment l’installation fonctionnait, ce qui a totalement occulté la phase de contemplation nécessaire à la réception du message. Néanmoins j’ai été séduite par le côté bidouille et généreux de cette oeuvre qui vise à décloisonner, peut-être de façon un peu naïve, les frontières qui existent entre l’art et son public : amateurs ou experts.

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