En le choisissant comme vecteur de diffusion des œuvres numérisées, le monde de l'édition est parti trop vite. Les livres vont se réinventer sous forme d'applications au fonctionnement décrit par un langage de programmation.

Le format ePub est né des technologies du web. Il a séduit parce qu’il offrait une solution élégante pour la diffusion de textes numérisés, téléchargeables sur une grande variété de liseuses, protégeables par un système de DRM (Digital Rights Management). Comme l’HTML il est "reflowable" : la mise en page des fichiers (marges, taille des fonte, etc.) s’adapte en principe aux caractéristiques particulières de la liseuse sur lequel le texte est lu et aux préférences du lecteur. Cette propriété remarquable est aussi son principal défaut : en tentant d’automatiser le savoir-faire de composition et de typographie que les artisans du livres se sont attelés à perfectionner pendant des siècles, l’ePub produit des mises en pages très inférieures à celles des livres imprimés.

Un format qui n’exploite pas le potentiel des nouvelles interfaces de lecture

Tant que nos expériences de lecture sur écran se limitaient à la consultation de pages web sur un écran d’ordinateur, l’ePub pouvait apparaître comme une solution satisfaisante. Mais depuis quelques mois, nous découvrons avec les tablettes multitouch couleur, des expériences de lecture radicalement nouvelles. Ces nouvelles interfaces n’introduisent pas simplement une interactivité et des qualités graphiques radicalement supérieures aux performances des anciennes liseuses, il offre enfin un modèle de diffusion qui annonce la véritable réinvention de l’imprimé : les livres-applications. Qu’il s’agisse de magazines, de guides de voyages, de livres pour enfants mais aussi d’essais et de romans, la qualité des premières productions ne laisse plus de doute. C’est sous cette nouvelle forme que de nombreuses publications imprimées vont se réinventer.

Un langage de programmation pour les livres-applications

En prenant la forme non plus d’un fichier interprété par une liseuse, mais d’un programme, le livre cesse d’être un document pour devenir à proprement parler une machine. On ne le décrit plus par l’intermédiaire d’un format mais sous la forme d’un langage de programmation. Ce langage spécifie non seulement le fond et la forme de l’œuvre, mais aussi les gestes qui permettent sa découverte. Certains pourraient soutenir que le livre a toujours été virtuellement une machine ou qu’inversement les machines ont toujours été des documents, il n’en reste pas moins qu’en intégrant dans sa structure même ses propres modalités d’interaction, le livre-application franchit une étape cruciale dans son évolution. L’enjeu aujourd'hui est de savoir quel sera le langage qui permettra de programmer ces nouveaux objets et comment la chaîne de l’imprimé se réorganisera autour de cette nouvelle technologie. Une chose est sûre, ce ne sera pas l’ePub.