Avec son dispositif scénique, Etienne de Crécy est, allons-y franco, un des chantres d'une électro augmentée. Une électro totale où musique et scénographie forment LE set/performance/spectacle. Le DJ comme marionnettiste absolu. Dans la sérénité d'une après-midi de décembre, on parle piratage, avenir de la musique et mélomanie.

Etienne de Crécy: "Notre métier, ce n’est pas de vendre des CDs mais de la musique."

Est-ce que vous pensez que l’accès aisé à la musique par le streaming rend le mélomane peut-être un peu plus averti, un peu plus vorace ?

Étienne De CRECY : Alors, je crois que le fait d’avoir accès à beaucoup de musiques via Internet, ça a effectivement élargi la culture musicale des gens, en général. On voit les jeunes générations avoir une culture musicale extrêmement large déjà. Et c’est positif. La culture musicale constitue moins l’identité que quand on était jeune. Jeune, j’écoutais du punk. C’était impossible que j’écoute en même temps du disco ou des morceaux funky. C’était même impensable. La musique qu’on écoutait était une fondation de notre identité très forte. Là, aujourd’hui, les jeunes générations ont un esprit beaucoup plus large. Ils acceptent beaucoup plus d’écouter différents styles de musique et ont une culture extraordinairement riche. Les gens n’ont jamais écouté autant de musique qu’aujourd’hui.

Vous aviez sorti, en 2004, un album nommé Super Discount 2 avec des titres assez rigolos et univoques, comme Fast Track, Morpheus, Audiogalaxy. On était alors en pleine explosion du peer-to-peer. On n’utilise plus vraiment ces logiciels. Le piratage est mort, selon vous ?

Alors non. Le peer-to-peer, certes, ça s’est peut-être un peu calmé mais pas tant que ça. Je ne crois pas que le piratage soit mort. Les gens continuent à ne pas acheter leur musique sur internet et continuent à la charger sur des sites pas toujours autorisés. Dans le même temps, l’offre légale s’est améliorée avec justement, ces sites de streaming qui sont plutôt bien faits. Je pense surtout à Spotify. Les morceaux, les albums sont bien classés. On retrouve les vraies versions. Les belles pochettes. J’aime beaucoup ce programme-là. J’ai recommencé à écouter beaucoup de musique à partir du moment où je me suis abonné. Effectivement, dès qu’on lit un article dans un journal parlant d’un disque, on peut de suite écouter le disque en question. C’est vraiment une façon d’écouter la musique qui me convient. Mais on n’est encore pas très nombreux à s’abonner à ces sites de streaming. Il y a encore beaucoup de gens qui écoutent la musique ou bien, sur Youtube, ou alors sur d’autres sites qui ne sont pas obligatoirement légaux, qui ne sont pas payants et qui ne rémunèrent pas les artistes.

Et l’avenir de la musique, vous le voyez sur scène ?

J’ai commencé à faire de la musique, il y a pas mal de temps déjà. Ca a tellement changé dans un sens inattendu que je ne prendrai pas le risque de dire ce que va être l’avenir de la musique. Ce que je vois, là, en ce moment, en tout cas, c’est qu’effectivement, pour le moment, ça se passe sur scène.

Un artiste aujourd'hui qui fait une musique qu’il ne pourrait pas jouer en concert est un artiste qui aura beaucoup de mal à vivre de sa musique.

Ce que les gens paient pour écouter de la musique, cet argent, ils le paient à des fournisseurs d’accès.

Pour le moment, avec la façon de consommer la musique sur Internet, l’argent n’est pas redistribué aux artistes, du tout. Même si quelqu'un qui avait un titre qui ferait un carton sur Internet, s’il ne fait pas de concert, il n’arrivera pas à avoir de revenus. Notre métier, ce n’est pas de vendre des CDs mais de la musique. Quelque soit le média, on vend de la musique.

La grande erreur de l’industrie du disque a été de dire « Nous, on vend des CD » alors qu’en fait, le métier était de vendre de la musique.

Rédigé par Lila Meghraoua
Journaliste/Productrice radio