La mise en place de modules d'évaluation des salariés par le biais des réseaux sociaux doit d'abord répondre à des questions d'ordre pratique et éthique avant de se généraliser.

Le dernier Théma de L'Atelier, auquel j'ai participé, portait sur Médias sociaux : nouveaux vecteurs d’évaluation des salariés. Cette idée est partie de remarques d’éditeurs comme Salesforce ou Klout, qui bien qu’assez soft sur le sujet, ne l’ont certainement pas lancé juste pour rire : certains doivent y penser le matin en se rasant. Pour commencer, je voulais donc rappeler quelques chiffres, évoqués par l'étude de l'IFOP et de L'Atelier. Ainsi, première surprise, les trois quarts des cadres interrogés se sentent bien évalués par leur entreprise. Reste que comme l’ont remarqué plusieurs participants du panel, il y a un autre son de cloche qui vient du terrain. Autre chose : autant pensent qu’ils ne peuvent pas être évalués sur leur capacité à s’exprimer sur des réseaux sociaux. Surtout quand on voit que seulement 20% utilisent un RSE (réseau social d’entreprise) pendant leur travail. Le mail (87%), et Word (67%) étant encore largement les logiciels les plus utilisés dans l’entreprise.

Notation n'est pas synonyme d'évaluation

Et quand on voit comment 15 ans après son entrée dans les entreprises le mail est mal utilisé, on peut être dubitatif sur une évaluation via ses outils. Mais surtout, n’oublions pas que ces outils vont donner un scoring, et que notation est loin d’être synonyme d’évaluation. De plus, à l’heure actuelle, l’utilisation de ces nouveaux moyens de collaboration n'est pas obligatoire. Comment justifier alors une évaluation équitable, même si certaines entreprises permettent une objectivation via le RSE. Sans compter que les RSE poussent à la transparence, alors que pendant l’évaluation il existe d’autres critères : achat de la paix sociale, récompense de l'effort... L’évaluation doit permettre de montrer une forme de reconnaissance de l’entreprise, qui ces dernières années a perdu la confiance de ses salariés. Je ne crois pas qu’une partie de la déshumanisation de ce processus arrange cela. Surtout que le management de proximité est une des populations les plus réticentes à l’usage des plates-formes sociales. Comment vont-ils faire du coup pour les utiliser pour leur évaluation ?

Le management à repenser avant tout

Et comment donner du sens aux compétences du salarié à travers ces nouveaux filtres ? C'est bien le rôle du manager à l’heure du digital qui doit être interrogé et non les outils en tant que tels. De plus dans un cadre collaboratif, on parle d’évaluation individuelle, alors que la performance est collective. Cette évaluation collective permettrait aussi en plus de mesurer un savoir être en plus du savoir faire. Les pesanteurs du management dans les entreprises françaises ne vont pas se régler par des outils. Il ne s’agit pas non plus d’accuser les managers de manière aveugle, le système organisationnel pousse à cet état de fait. Si l’évaluation est avant tout une question de management, il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau du bain. Les RSE peuvent permettre de donner des indications pour l’évaluation, mais dans ce cas il faut surtout se poser la question de ce qu’on mesure à travers ces outils. Ainsi la production quantitative à tendance à s’opposer à la production qualitative avec ce type d’outil.