En mêlant les genres et en mixant allègrement pseudo-amateurisme et travail professionnel, la manifestation dédiée à l'expression sur le web n'aide pas à faire émerger de véritables auteurs.

Par Sophie Maurice, chargée de communication au sein de l'entité Image Corporate et Evénements de BNP Paribas.
La charmante ville de Romans sur les bords de l’Isère, tristement célèbre ces derniers temps pour la fermeture de plusieurs usines de fabrication de chaussures, a accueilli du 18 au 20 avril la deuxième édition de son festival dédié à l’expression sur Internet. Dans cette manifestation les amateurs sont à l’honneur. Internet est ici présenté comme un vecteur de communication où nous pouvons tous devenir auteurs, créateurs, acteurs. J’ai eu la chance d’être invitée au festival de Romans pour participer à une Table Ronde dont le thème était Art et Internet avec Francis Méléard (Art&You) et Valéry Grancher (artiste pionnier du net art). Et quelle n’a pas été notre surprise en voyant que nous prenions la suite d’une table ronde sur les blogs de cuisine.
Court-circuiter les réseaux de distribution
Mon but n’est pas d’apporter un jugement de valeur sur ces blogs qui donnent souvent des conseils avisés mais cet enchaînement me poussa à m’interroger sur le propos défendu par le festival. J'ai assisté tout au long de cette manifestation à un mélange des genres et on est en droit de se poser la question de savoir jusqu'à quel point les participants sont "amateurs". Certains effectivement sont totalement altruistes dans leur démarche et veulent simplement faire profiter le "plus grand nombre" de leurs conseils beauté, cuisine ou déco. Les autres - dont le profil est plus artistique que journalistique - utilisent Internet comme tremplin pour acquérir de la notoriété et court-circuiter les réseaux de distribution classique de l’industrie musicale, de l’édition ou encore des galeries. A l’issue du festival, des prix sont remis à des sites, qui après avoir été présélectionnés par les votes des internautes sont soumis à un jury de professionnels.
Un inventaire à la Prévert
Mais alors là, attention : dix-huit prix ont été remis dans des catégories aussi diverses que variées. La liste vaut la peine d’être citée car elle reflète bien la dispersion du propos de ce festival : BD, Photos, Illustration/Graphisme/Design, Vidéo/Comédie, Vidéo/Fiction, Vidéo/Reportage, Musique Pop/Rock/Variété, Musique Rap/Hip Hop/R&B, Musique Electronique, Littérature Fiction/Romans, Littérature Nouvelles Erotiques, Blog de vie, Blog Cuisine, Blog Mode Beauté, Blog Geek/Technologie, Blog Politique/Expression Citoyenne, Blog Voyage, Blog Passions. Mettre en avant Internet comme un outil formidable pour rencontrer son public en s’affranchissant des réseaux prescripteurs était une très bonne idée. Ce que je reproche au festival de Romans c’est d’être une simple vitrine du meilleur mais aussi du pire de ce qui se fait sur Internet en France. Le point de vue manque cruellement. Pour que vive ce festival il va falloir réussir à se renouveler tous les ans et offrir plus qu’un joli cadre aux heureux vainqueurs.