La numérisation des oeuvres a bouleversé l'industrie du disque. N'a t-elle pas été le prélude de ce que l'on constate aujourd'hui avec la crise financière ?

Par François Seligmann, directeur de projet chez Orange France
"Seuls les poissons ne savent pas qu'ils vivent dans l'eau". A l'aube des premiers effets concrets de la dématérialisation, la crise financière actuelle nous rappelle cruellement les conséquences de cet état de fait. La possession financière n'a plus de substance réelle, elle n'est plus qu'une ligne de code, échangeable, créditée et surcréditée en un simple click de souris et dont on spécule la valeur dans des hausses ou des baisses vertigineuses. L'industrie de la musique avait déjà donné le ton. "Pirater c'est du vol".
Du silicium plus qu'une oeuvre
C'est une évidence mais dans l'esprit d'un adolescent de 15 ans qui n'a connu que ce moyen d'accès à la musique, où est le vol puisqu'il ne possède pas physiquement le morceau ou l'album piraté ? Aurait t-on oublié en route le contenu au profit - si j'ose dire - du support ? Aurait-on vendu de la galette de silicium plutôt qu'une oeuvre de Nina Simone ? Aurait-on parié sur du profit à très court terme sans se préoccuper de la valeur du bien gagé ou de l'entreprise cotée ? Et là encore, la musique donne le "la".
Une communication audacieuse pour retrouver la confiance
Les concerts redonnent de la voix. Des artistes que l'on croyait retirés des circuits musicaux font des retours fracassants (AC/DC en ce moment par exemple). Des groupes trouvent sur scène les moyens d'acquérir de la notoriété médiatique (Louise Attaque, pour ne citer qu'eux). La finance pourrait sans doute méditer l'histoire récente de la musique, qui est toujours autant écoutée... mais par d’autres moyens. La finance ne devrait-elle pas se réincarner ? Tout simplement, la finance ne doit-elle pas retrouver son sens originel et retrouver le chemin du financement de l'économie ?