Trois mois après sa naissance, l'euro ne fait pas vraiment recette auprès de l'opinion publique. Toutefois, selon l'étude réalisée, du 15 au 25 février 1999, par l'Ipsos pour le compte de Sofinco su...

Trois mois après sa naissance, l'euro ne fait pas vraiment recette auprès de l'opinion publique. Toutefois, selon l'étude réalisée, du 15 au 25 février 1999, par l'Ipsos pour le compte de Sofinco sur "le paysage européen de la consommation après la création de l'euro" auprès de 6 643 personnes âgées de 15 ans et plus dans sept pays européens intérieurs à la zone euro (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Pays-Bas, Portugal) et un extérieur (Grande-Bretagne), les Français considèrent à présent que l'instauration de la monnaie unique a finalement plus d'avantages que d'inconvénients, rejoignant ainsi le reste des Européens. Toutefois, 38 % des personnes interrogées expriment un avis positif alors qu'une proportion identique est encore réticente, mais comme l'estime Pierre Giacometti, directeur d'Ipsos, "pour la première fois depuis deux ans, les pro-euro et les anti sont en équilibre, ce qui est le signe d'une confiance citoyenne beaucoup plus marquée". Lors du précédent sondage effectué en novembre 1998, 44 % des Français voyaient plus d'inconvénients que d'avantages à abandonner le franc (36 % y étaient favorables). "Tout au long de la crise financière asiatique, puis à l'été 1998, au plus fort de la crise russe, on a tellement répété aux Européens que l'euro constituait, par avance, un bouclier efficace contre les chocs monétaires qu'ils ont fini par intégrer ce discours", mais "le véritable tournant est intervenu après l'accord d'Amsterdam, destiné à améliorer le contenu du traité de Maastricht et après mai 1998 lorsque la liste des pays admis à constituer la monnaie unique a été connue".

Ce basculement a été particulièrement marqué en Allemagne. Alors qu'en février 1998, 63 % des Allemands trouvaient plus d'inconvénients que d'avantages à se lancer dans la monnaie unique, ils sont aujourd'hui 53 % a trouvé plus d'avantages à l'euro.

Pour la première fois depuis un peu plus de deux ans qu'est mené ce type d'étude, on constate également une véritable homogénéisation de l'opinion publique à l'égard de l'euro. Des nuances sont toutefois à apporter dans le détail. Ainsi, en dépit de la nette amélioration constatée en France sur une période récente vis-à-vis des avantages que peut procurer l'euro, certaines catégories de Français continuent de manifester leur inquiétude "les femmes, les personnes âgées et les bas revenus s'interrogent plus que d'autres sur l'arrivée encore lointaine de la monnaie unique".

Il faudrait ajouter à ces réserves les aléas de la conjoncture et des évènements par nature imprévisibles, comme la guerre dans l'ex-Yougoslavie par exemple. La publication de part et d'autre de l'Atlantique des traditionnels indicateurs économique de fin d'année a confirmé le décalage marqué des conjonctures économiques européenne et américaine. Un net écart est à présent perceptible à l'intérieur même de la zone euro entre la situation économique de l'Allemagne et de l'Italie (préoccupante) et celle de la France (plus favorable). Une nouvelle fois, le 30 mars, la Commission européenne a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour les 11 pays composant l'euro. (Le Monde Economie - 6/04/1999)