Je viens de lire un énième article, dont on pourrait allégrement alléguer une co-paternité à Google Translate.

La veille, par SMS interposés, voilà que je bataille avec un ami sur l’authenticité d’une information. ‘C’est sur Wikipedia’, martèle-t-il. Je lis à l'instant le contraire, dans un ouvrage autrement documenté. Jeudi dernier, j’ai rendez-vous dans un quartier de Paris que je connais peu. Je regarde à peine le nom de la bouche de métro. Il y aura toujours le GPS de mon smartphone  pour me guider. La 3G fluctue cet après-midi là. Mauvaise pioche.

Fin d’année oblige ? Tous ces outils propices à la paresse m’ennuient. Ces outils dont on fait d’outils adjuvants, des prescripteurs, des acteurs, des usurpateurs de cerveaux. On sacrifie bon sens et curiosité à notre mollesse.

Se rendre à ces outils, finalement, c’est du même acabit que la triche, à l’école. La triche annonçait un goût pour la médiocrité. Le web nourrit ce vice ? Où est le jeu dans cela ? Où est le plaisir de trouver l’information, l’anecdote frétillante, soi-même ? Cette joie qu’il y a à passer une journée, à butiner de livres en livres en quête de je ne sais quoi, le savoir hasardeux. Noircir ses carnets de bons mots, de la vie et l’avis annoté d’auteurs. Le goût de la cueillette. La blanche main du hasard, éclairé par une saine curiosité versus le rabatteur boulimique avare et mesquin.

Aujourd’hui, sûrement comme d’autres, je m’engraisse d’approximations, bouffées au gré d’interrogations. Le savoir comme on va aux sanitaires.

Ca m’évoque ce professeur qui tenta l’expérience de fausser le web, et piégea ainsi ses élèves. Par son stratagème, il rappelle que les outils ne doivent soumettre en aucun cas notre intellect, tromper notre intelligence en l’asservissant et l’étouffant de la tiédeur du confort. Que le numérique est utile, oui, mais à qui a déjà « formé son esprit sans lui ». En somme, il se souvient juste de l’importance d’apprendre à apprendre.

Rédigé par Lila Meghraoua
Journaliste/Productrice radio