L'un des thèmes de discussion la semaine dernière à Athènes était consacré au rôle du web dans la sphère politique. L'exemple d'Obama a été largement relayé, comme la démonstration concrète des capacités de rassemblement, de communication et d'interaction qu'est la Toile. La preuve par les chiffres : le nouveau président a rassemblé plus de 500 millions de dollars depuis Internet, et permis de recruter un nombre important d'électeurs potentiels.

En France, c'est Ségolène Royal qui avait le plus mis en avant ces préceptes via son site Désirs d'avenir. Elle ne s'est d'ailleurs pas privée de le rappeler peu après l'élection du président américain.

Reste un problème : les politiques se basent sur un credo, celui de la démocratie. Le web est, se plaisent-ils à dire, la nouvelle agora, le moyen rêvé de toucher et de faire participer toutes les couches sociales au débat et à l'action politique. Cela n'est pas faux. Mais le danger serait de faire de l'angélisme. Les débats autour de la fracture numérique sont là pour nous le rappeler : Internet est encore loin de tous nous concerner, au niveau de l'équipement ou des usages. A ce sujet, Henry Brady, professeur en sciences politiques et politiques publiques à l'université de Californie, a réalisé une étude intéressante : après avoir rappelé que dans le monde physique, les actions politiques comme l'écriture d'une lettre à un politique ou la signature d'une pétition étaient l'apanage des couches sociales élevées, il a étudié le comportement des citoyens en ligne. Deux activités fréquentes comme l'envoi d'un mail à un politicien ou le don ont été passées au crible. Nombre de volontaires : 220. Résultats : 60 % des personnes appartenant aux couches sociales supérieures ont participé à au moins une de ces actions, contre 10 % seulement des couches sociales les moins favorisées.

La réalisation d'actions politiques semble du coup rester encore réservée à des classes bien déterminées sur Internet. Le mirage de la Toile prélude à toutes les possibilités n'est pas près de se concrétiser. Ces résultats doivent cependant être modérés. Si le web n'est pas le moyen d'ouvrir l'action à tous, il l'est beaucoup plus sur le plan de la libération de la parole. C'est tout l'enjeu des blogs politiques, qu'ils appartiennent à des militants ou à des politiciens. Ou encore des forums et des réseaux sociaux naissants comme Les Démocrates. L'influence des citoyens n'en ressort pas forcément grandie, mais la possibilité de faire valoir son opinion, elle, est bien là.

Rédigé par Mathilde Cristiani
Head of Media