Les chiffres sont éloquents : 64% des sociétés européennes ont un site Intranet, selon IDC (2001). Les sociétés les plus importantes ont développé de 10 à plus ...

Les chiffres sont éloquents : 64% des sociétés européennes ont un site Intranet, selon IDC (2001). Les sociétés les plus importantes ont développé de 10 à plus de 1000 sites Intranet. Et pourtant, l’outil reste insatisfaisant, puisque selon une étude réalisée en France par FullSix Research fin 2001, 52% des salariés qui utilisent l’Intranet de leur entreprise jugent qu’il ne leur fait pas gagner de temps, et 47% estiment qu’il ne les informe pas efficacement.Que cachent ces chiffres ?D’abord une réalité : les relations des collaborateurs entre eux sont en train de changer radicalement, et à grande vitesse. Nous passons – pour reprendre l’expression du chercheur américain Manuel Castells – à l’ère de l’entreprise en réseau. Or cette nouvelle entreprise – dont l’essor est considérablement facilité par les technologies IP – fonctionne avant tout en mode projet, avec des périmètres très variables, et des frontières de plus en plus floues et poreuses. Mettre en place un ou des sites Intranet devient alors un facteur décisif, puisque c’est l’outil simple sur lequel va se greffer l’ensemble du travail des collaborateurs, au grés du ou des projets auxquels ils vont être affectés. Dès lors, l’Intranet ne va plus seulement être un outil de productivité, comme il est encore trop souvent perçu (quand il n’est pas un simple outil d’information… ce qui deviendra vite rare), mais bien un outil de compétitivité, voire d’avantage compétitif majeur. Une entreprise comme Cisco l’a compris dès la fin des années 95.Ensuite, une stratégie…ou plus exactement une absence de stratégie. En effet, entrer dans l’économie en réseau nécessite au préalable une réflexion approfondie sur les modifications de business model qu’elle présuppose. Difficile, dans un contexte particulièrement brouillé par les aléas des technologies de l’information et par une forte accélération du temps, de définir son chemin de croissance à venir. Ainsi, selon l’Observatoire Intranet Arctus (étude publiée le 29/04/2002), prés de 38% des entreprises françaises n’ont aucune approche stratégique de l’Intranet, et seulement 47% l’intègrent dans une stratégie globale des TIC. D’où la nécessité de ne pas laisser simplement fleurir les sites Intranet au sein de l’entreprise, mais bien de se doter d’une stratégie globale de relations avec les collaborateurs, au même titre qu’ont été mises en œuvre des stratégies B2B et B2C.Enfin, une culture d’entreprise. Or, c’est souvent ce qui est le plus long à faire évoluer et à maintenir, alors que c’est – pour des employés devenus plus volages – un élément fédérateur très fort. L’entreprise hiérarchique traditionnelle doit se muer en une entreprise souple, réactive, à périmètre variable…Ce mouvement peut être structuré grâce à l’utilisation d’un Intranet ou d’une approche B2E comme levier de compétitivité. Les entreprises – surtout lorsqu’elles atteignent une taille critique – sont de plus en plus souvent le fruit d’une subtile compilation, faite de fusions, d’acquisitions et de recompositions à une échelle le plus souvent transfrontalière. Parler d’une culture d’entreprise dans ce contexte est bien souvent une simple illusion – pourtant très nécessaire pour créer du liant entre des collaborateurs issus de mondes très différents qui du jour au lendemain doivent participer au même processus de création de valeur. On comprend mieux alors comment une approche B2E constituera probablement l’épine dorsale de l’entreprise du XXIéme siècle. Là encore, une entreprise comme Cisco montre un exemple riche d’enseignements.Dés lors, les questions qui se posent aujourd’hui sont de trois ordres : - que faire de l’existant, souvent abondant ? - en corollaire, quelle stratégie adopter ? - et enfin, quels sont les business models gagnant, dans la mesure où il a été clairement identifié que l’Intranet de demain sera un des avantages compétitifs majeur de l’entreprise ? Ces trois questions nécessitent évidemment des réponses au cas par cas, que l’Atelier s’efforce d’apporter aux entreprises qui le consultent. Mais elles expliquent clairement que ce dossier est systématiquement en train de remonter sur le haut de la pile des Directeurs Généraux français.(Dominique Piotet Directeur des Etudes - Atelier groupe BNP Paribas - 28/05/2002)