«Montre-moi le totem!». Vendredi 13, 11h, l’auditorium du Collège des Bernardins est témoin d’une drôle d’alliance: celle de Dassault Systèmes, de l’INRAP et d’un guide-conférencier du lieu, rompu au maniement du verbe, un peu moins, a priori, à celui des nouvelles technologies.

[Journées du Patrimoine] Paris 3DS pose ses valises au Collège des Bernardins

On répète pour les Journées du Patrimoine une visite où l’art de la conférence gardera sa place, mais sera assistée par une reconstitution interactive en 3D et sur grand écran du Collège des Bernardins au XIVe siècle.
Michel Levendi, guide-conférencier et barde des lieux, apprivoise l’outil.

En matière de modélisation 3D du patrimoine parisien, Dassault Systèmes n’en est pas à son coup d’essai: après une première proposition autour du Paris antique, l’équipe a jeté son dévolu sur la crypte de Notre Dame.
La crypte, et vestiges furent alors «augmentés» par un dispositif représentant leur évolution à travers les âges, via la modélisation 3D mis en place par Dassault Systèmes et leurs partenaires. C’est à présent le tour du Collège des Bernardins de recevoir un «coup de vieux» tout virtuel.

En découvrant le projet, un soupçon, à tort, que le système se révèle gadget.
La modélisation, joujou destiné à un public d’enfants ou véritable adjuvant de la visite-conférence? Pour Michel Levendi, guide-conférencier du lieu, elle est «miraculeuse». «Le dispositif offre une vue, une vision du XIVe siècle que personne ne connaît. Mieux, il constitue une très bonne approche de l’ensemble des bâtiments qu’il y avait à l’époque.» Pour ce passionné de dessin, la modélisation sur tablette pourrait être un support idéal à présenter au public, pendant une visite. «Les gens, souvent, ont du mal à visualiser. Là, les volumes, les proportions sont représentés. Le dispositif pousse jusqu'à proposer une ébauche des endroits disparus»

Marc Viré, archéologue et commissaire du projet, à l’INRAP, abonde en ce sens. Peu comprennent l’intérêt de la modélisation 3D au départ. Elle permet pourtant d’expliquer à un public de la meilleure manière qui soit le fruit des recherches archéologiques, étaye-t-il. Elle présente un autre atout, mais pour sa profession: «L’intérêt d’un tel outil pour nous, archéologues, est de pouvoir matérialiser les représentations que nous avons en tête. Mais surtout, d’en vérifier la vraisemblance.» Si l’archéologue expérimental peut tenter de dessiner l’interprétation de la reconstitution de l’édifice qu’il a en tête, son approche pèche par le manque de détails. «La 3D rend intelligible notre travail, mais c’est compliqué. On doit tout interroger: le relief du sol, par exemple. Un cas: celui du rempart de Philippe Auguste. Nous nous sommes rendus compte en transposant que les façades étaient beaucoup trop hautes. C’était dû à une mauvaise compréhension du relief du sol de l’époque. La 3D n’est pas juste pour faire joli. Elle oblige à la précision, à chercher davantage. Quelque part, la modélisation interroge notre travail.»
Prometteur, donc!

Et cette démarche devrait s’étendre à d’autres lieux. Mehdi Tayoubi, vice-président de la stratégie digitale et expérience de Dassault Systèmes confirme. «Nous nous attaquons d’ores et déjà à d’autres chantiers: la Sainte Chapelle, la Monnaie de Paris. Nous devrions étendre notre reconstitution du passé à une projection du futur.» Et bonne nouvelle, ces visites, ou expos 3D ne se veulent pas éphémères. «Nous réfléchissons à des portages muséographiques. En attendant, on peut retrouver ces reconstitutions sur notre site. Des professeurs s’en servent même déjà comme support de cours.»

Rédigé par Lila Meghraoua
Journaliste/Productrice radio