Je ne sais pas comment fonctionne dans le détail le marché de l'électricité en France, mais en Afrique du sud - et dans un certain nombre d'autres pays du continent - c'est tout un busines sur lequel viennent se greffer de nombreux acteurs. En parlant d'Itron lundi, j'avais du coup déjà abordé les deux premières strates hiérarchiques : le producteur d'électricité et le fournisseur de compteurs capables d'en réguler et d'en assurer la distribution. Les compteurs fonctionnant généralement sur le système du prépayé pour faciliter la collecte des revenus auprès des consommateurs et réduire les problèmes de fraude et d'impayés, me confirmait lundi Christophe Viarnaud.

Il est du coup ensuite nécessaire de trouver les moyens de vendre ces unités à des utilisateurs qui habitent parfois (souvent) dans des zones isolées. L'une des solutions pourrait être de vendre celles-ci sous forme de cartes prépayées, contenant un code. Mais elles peuvent être facilement volées. Ou de passer par Internet. Mais encore faut-il avoir un cyber-café à proximité de son domicile. C'est là qu'interviennent des systèmes comme Kazang. Le dispositif, mis au point par le sud-africain Psitek, est un appareil portatif relié aux réseaux GPRS et qui autorise la distribution rapide de services prépayés comme l'achat de crédit téléphonique ou d'électricité. Psitek en a conçu le design, la technologie et la plate-forme web permettant de gérer les contenus, les transactions, les dépôts. Voilà pour le troisième maillon de la chaîne de distribution. Viennent ensuite les "super dealers", qui achètent les terminaux à Psitek, s'occupent de recruter ceux qui vont les installer dans leurs boutiques et de les entraîner. Leur rémunération est constituée des bénéfices de la revente des appareils aux vendeurs. L'échelon suivant, vous l'aurez compris, c'est ce fameux vendeur. Son profil ? Soit une personne qui tient déjà une échoppe dans un township. Soit une autre qui n'avait pas de travail, et qui gérera l'utilisation du terminal installé dans une de ces mêmes boutiques (boucherie, épicerie...). Une fois l'appareil acheté et installé, le vendeur doit alimenter un compte bancaire relié au terminal. Il peut ensuite vendre différents services, l'argent étant collecté par les fournisseurs sur son compte. A chaque transaction, il conserve une commission (99 centimes de rands pour un achat de 12 rands à peu près), et va verser le reste sur son compte, afin que celui-ci soit en permanence alimenté.

Je suis allée rencontrer la semaine dernière Tony, l'un des "super dealers", qui assure la distribution des appareils, et plusieurs vendeurs, qui achètent le terminal et proposent ensuite les services dans leurs boutiques. Sur les trois vendeurs que j'ai interrogés, deux m'ont très vite précisés que cette activité était d'autant plus intéressante pour eux qu'elle générait des profits parallèles : en venant acheter leurs unités d'électricité, les gens écoulent le reste de monnaie en prenant également une boisson, des gâteaux ou tout autre produit proposé dans l'échoppe. L'une d'entre eux m'a parlé de bénéfices en hausse de plus d'un tiers. Ce constat ne se borne pas à l'électricité. Je m'écarte un peu de mon sujet, mais lors de mon après-midi à Gugulethu, la tenancière de l'un des "community payphone" du quartier - ces containers qui mettent des téléphones fixes à disposition des gens pour appeler à un tarif fixe des mobiles - m'a confirmé cela. Il y aussi ceux qui couvrent le mur face aux téléphones de petites annonces. C'est logique, c'est un endroit qui rassemble beaucoup de monde. Et c'est encore un moyen de prolonger la pyramide.

Alors évidemment il y a plein de petites subtilités dont je ne parle pas ici : par exemple Kazang fonctionne avec le fournisseur de services de transferts de fonds électroniques EasyPay. Or tous les compteurs ne sont pas compatibles avec le système. Mais d'un point de vue économique, ce qu'il me semble intéressant de retenir, c'est le cercle vertueux que ce type de produits créent. Selon Psitek, Kazang a permis de créer de nombreux emplois dans les townships sud-africains (les chiffres exacts qund j'aurai revu les rush). Enfin, l'intérêt de ces appareils, c'est que chacun peut distribuer plusieurs services. J'ai parlé de crédit téléphonique et d'unités téléphoniques, mais les utilisateurs pourront aussi payer leurs factures ou des services d'assurance. Ah la fée Electricité !

Autant d'images à découvrir ces prochaines semaines sur la web TV de L'Atelier.

Rédigé par Mathilde Cristiani
Head of Media