Un nouveau cap pour la conquête spatiale

Sense of the universe

Après les nombreuses missions conduites à l'initiative des gouvernements et les projets des agences spatiales américaines, européennes, russes ou asiatiques pour envoyer des sondes à travers le système solaire ou des robots sur Mars, la conquête spatiale est sur le point de franchir un nouveau cap. De plus en plus présent dans la course à l'espace depuis les problèmes financiers de la Nasa dans les années 80 et plus récemment grâce aux projets initiés par plusieurs milliardaires, le secteur privé est sur le point de se lancer à la conquête des ressources gigantesques présentes dans notre système solaire. Si on connaissait jusqu'à présent l'opportunité économique que représente le tourisme spatial, les connaissances accumulées ces vingt dernières années par les astrophysiciens sur les planètes et les astéroïdes situés à proximité de la Terre ont révélé qu'elles contenaient, en très grande quantité, de nombreuses matières premières, pour certaines très rares sur Terre. A titre d'exemple, l'astéroïde géo-croiseur 2011 UW-158 qui a frôlé la terre en 2016 a été valorisé à 5000 milliards de dollars. Dans notre système solaire, le nombre d'astéroïdes potentiellement exploitables se chiffre en millions. D'autant qu'avec la baisse du coût des lanceurs, d'autres opportunités se dessinent... Tourisme sur la Lune, fabrication en micro-pesanteur de nouveaux produits... Avec à la clef des bénéfices colossaux, estimés en millions de milliards de dollars rien que dans le secteur de l'exploitation minière, l'espace est une véritable mine d'or. Toutes ces richesses se trouvent aujourd'hui à portée de fusée pour les start-up qui auront suffisamment d'audace pour s'en emparer. 

l'innovation   dans les etoiles 

astronaute

Shutterstock

Des ressources gigantesques

"Toute équipe qui prévoit d'interagir intimement avec un astéroïde, que ce soit pour le miner ou pour l'exploration future, va profiter de toutes les technologies pionnières que nous avons développées 
dante lauretta

Dante Lauretta

Jusqu'en 2015, la clause de "non appropriation" qui figure dans la Charte de l'Espace promulguée dans les années 60 par les Nations Unies interdisait toute activité économique outre-atmosphère. Tout change lorsque le président Barack Obama décide de déverrouiller le coffre-fort en validant un texte intitulé "The US Commercial Space Launch Competitiveness Act ", qui autorise l'appropriation de "tout matériau trouvé dans un astéroïde ou sur la Lune". La ruée vers l'or spatial est alors autorisée. Dans cette course, la Lune représente une première cible de choix. Située à 384 000 kilomètres seulement de la Terre, cette petite planète recèle de nombreuses richesses. On y trouve en quantité du silicium, matériau essentiel dans le secteur des semi-conducteurs, du fer, de l'aluminium, du chrome, du nickel et du titane. On y trouve aussi et surtout de l'Hélium 3, un gaz utilisé dans le domaine médical pour les machines à IRM mais qui est aussi un combustible idéal pour les réacteurs à fusion nucléaire. Très rare et très cher sur Terre, la production mondiale ne dépasse pas quelques kilos par an, il est massivement présent sur la Lune. Selon les données recueillies par la sonde chinoise Chang'e 1 en 2009, les réserves de notre satellite se comptent en centaines de milliers de tonnes, suffisamment pour satisfaire les besoins énergétiques de l'humanité pendant plusieurs siècles. Sur Mars, à un jet de fusée supplémentaire, les différentes missions robotisées ont mis en évidence la présence massive d'Olivine, un minéral utilisé dans la sidérurgie et la géo-ingénierie, de serpentine, qui sert dans l'isolation thermique des centrales nucléaires, de méthane et d'eau...

l'univers ne manque pas de ressources a explorer

diamonds

ForCrystal

"Les astéroïdes à proximité de la Terre sont des fruits murs prêts à être cueillis du système solaire." 

Eric Anderson, co-fondateur de Planetary Resources.

Un peu plus loin, entre Mars et Jupiter, la ceinture principale d'astéroïdes est constituée de plusieurs millions de corps, dont certains peuvent atteindre plusieurs centaines de kilomètres de diamètre. Une étude spectométrique aux infrarouges a estimé autour du million le nombre d'astéroïdes dépassant le kilomètre. Dans la partie située à proximité de l'orbite de Jupiter, les astéroïdes sont surtout riches en carbone, un matériau utilisé dans de nombreux secteurs, depuis le bâtiment jusqu'à l'automobile en passant par les télécommunications. En s'éloignant un peu, on trouve des roches contenant du sillicate, un matériau utilisé dans la fonderie et la métallurgie.

Enfin, pour les autres corps, on estime que 10% des astéroïdes sont en grande partie composés d'un alliage fer-nickel. Mais possèdent également des quantités importantes de métaux appartenant au groupe platine, essentiels dans de nombreux secteurs allant de l'automobile à l'industrie pétrolière en passant par la médecine, et des terre rares, dont nous nous servons pour nos moyens de communication. 

Plus loin, au delà de Neptune, la ceinture de Kuiper est 20 fois plus large et 200 fois plus massive. On y trouve de gigantesques réserves de méthane, pouvant être transformé en hydrogène pour faire rouler nos voitures, de l'ammoniac, utilisé pour fabriquer les engrais, et de l'eau, beaucoup d'eau. 

QUELLES SONT CES START-up qui marchent  AU DESSUS DE NOS TETES ?

start up universe
Shutterstock

Des start-up pionnières

"La Chine et la Russie veulent exploiter la lune, mais je crois que les entrepreneurs gagneront toujours contre les initiatives des gouvernements parce qu'ils sont agiles et davantage en mesure de créer des entreprises commerciales capables de réussir à long terme.
naveen jain

Naveen Jain

Co-founder Moon Express

Même si les missions d'exploitation de ces ressources nécessitent de gros investissements et la mise au point de technologies spécifiques, plusieurs start-up sont déjà bien positionnées pour profiter de ce nouveau marché. Ainsi, Moon Express, fondée en 2010 par un groupe d'entrepreneurs de la Silicon Valley, développe des robots capables d'être opérationnels d'ici deux ans pour entamer l'extraction des ressources lunaires. Avec ses prototypes MX-1, MX-2 et MX-5 la start-up californienne pourrait ainsi rentrer dans la phase productive de son activité aux alentours de 2020. D'autant qu'elle a signé en septembre 2015 un partenariat avec Rocket Lab, une start-up américaine financée par des fonds néo-zélandais qui développe des fusées et des lanceurs à bas prix."La Chine et la Russie veulent exploiter la lune, mais je crois que les entrepreneurs gagneront toujours contre les initiatives des gouvernements parce qu'ils sont agiles et davantage en mesure de créer des entreprises commerciales capables de réussir à long terme." dit Naveen Jain, co-fondateur de Moon Express. Planetary Resources, fondée en 2010 par Chris Lewicki, un ancien directeur de programmes spatiaux de la Nasa qui a notamment travaillé sur les projets Mars Exploration Rover et Phoenix Mars Lander, est également bien positionnée. Elle parachève la mise au point de sondes permettant de sélectionner les astéroïdes les plus rentables, c'est à dire facilement accessibles et riches en ressources, et finalise le développement de ses propres robots d'exploitation minière. Planetary Resources est financée par Larry Page, le co-fondateur historique de Google, et James Cameron. 

de Nouveaux territoires d'innovation

operation space

Dernier candidat sérieux pour aller forer de gigantesques blocs de roches à des millions de kilomètres de notre planète, Deep Space Industries, fondée en 2013 par David Grump. L'objectif de la start-up est moins d'approvisionner la Terre en matière première que de devenir un ravitailleur dans l'espace pour toutes les sociétés qui y travailleront. Elle prévoit de construire des usines près des lieux de récolte des minerais pour pouvoir manufacturer des produits en micro gravité. Mais il n'y a pas que l'exploitation minière qui ouvre des perspectives économiques intéressantes. La start-up Axiom Space, fondée par d'anciens ingénieurs et astronautes de la Nasa, ambitionne de construire la première station spatiale privée. Outre le secteur du tourisme spatial, sur lequel elle peut envisager des partenariats avec Space X ou Virgin Galactic, elle prévoit aussi d'être un lieu propice à la recherche scientifique, avec la mise en oeuvre de programmes spécifiques en micro gravité. En outre, comme Deep Space Industries, elle compte être une usine de l'espace et proposer la conception et la fabrication de produits au sein de la station. 

vers l'infini et l'au-dela

planet infinity

Savannah Hayde 

De nombreuses innovations à venir

L'avenir est dans l'espace

innovation space

Grâce aux programmes de recherche développés depuis de nombreuses années par les agences spatiales, les laboratoires, les grandes universités et les start-up qui vont se lancer sur ce nouveau marché ne partent pas en terre inconnue. Si l'on connaît les principales innovations que la conquête spatiale a fait émerger, depuis le papier aluminium en passant par le GPS, de nombreuses autres sont à venir. Et les opportunités de développer ce nouveau secteur de l'économie sont nombreuses. Ainsi, la société immobilière française Terrésens travaille en partenariat avec Ariane Espace depuis 2014 à l'implantation sur la Lune d'une résidence privée extrêmement luxueuse baptisée "Moon Park & Spa". Le ticket d'entrée pour acquérir un appartement de 4 à 6 pièces avec vue imprenable sur la Mer de la Tranquillité est fixé à 5 millions d'euros. Projet futuriste mais technologiquement réalisable, Terrésens a même prévu un service et un accueil assuré par des robots. Ce projet n'est pas unique dans son genre. Richard Branson envisage aussi de faire construire un hôtel Virgin Galactique sur notre satellite, tout comme Robert Bigelow, un magnat de l'industrie du tourisme.

Secteur en plein développement, ce n'est certainement qu'une partie du potentiel économique de l'espace qu'il est possible d'entrevoir pour le moment. Outre le tourisme spatial, qui a trouvé un modèle performant avec la fusée réutilisable Space X, les secteurs de l'hôtellerie, de la recherche, de la conception de produits en micro gravité permettent déjà aux start-up de se projeter et de faire des "business plan". L'exploitation minière, secteur le plus porteur dont le potentiel énorme est déjà quantifié, peut démarrer dans les années qui viennent. C'est réellement un nouveau secteur de l'économie qui est sur le point d'être activé, avec à la clef des bénéfices gigantesques et la création de très nombreux emplois. 

Rédigé par Arnaud Pagès
Journaliste indépendant, spécialisé dans les nouvelles technologies