Le Lean Startup, qui vise à améliorer le développement de jeunes pousses, est une source d'inspiration pour certaines grandes entreprises en quête d'efficience. Mais pour que cela fonctionne, il faut en comprendre la démarche et la philosophie : l'agilité et l'esprit d'entreprendre.

L’expression Lean Startup reflète les changements profonds qui se sont opérés ces dernières années dans le domaine de l’entreprenariat. L’e-krach de mars 2000 a mis en exergue des comportements déviants qui se sont traduits par une destruction massive de valeur. Les startups de l’époque avaient comme point commun un niveau de dépense trop élevé et artificiel, principalement motivé par la volonté d’enchaîner les tours de table et autres levées de fonds, le tout avec des business models on ne peut plus exotiques et des perspectives de création de valeurs complètement déconnectées de la réalité.

Le phénomène Lean Startup traduit donc la volonté de rétablir un peu de rigueur en rationalisant le fonctionnement des jeunes entreprises sans sacrifier la quête de rentabilité. Le Lean traduit avant tout une recherche d’efficience, une certaine forme de frugalité, et surtout une orientation délibérément pragmatique et réaliste : être évalué au regard de ce que l’on a réalisé concrètement, et non de ce que l’on prévoit réaliser un jour.

Les origines

Le Lean Startup trouve ses origines dans le Lean Management, popularisé à la fin des années 80 par une célèbre étude du MIT qui visait à mieux comprendre les origines de la performance de l’industrie japonaise automobile comparées à celle des Etats Unis et de l’Europe. Le système de production de Toyota est alors apparu comme le plus performant des modèles mis en place chez tous ces industriels. La philosophie sous-jacente à ce modèle est également très vite apparue comme le fondement qui devait désormais guider l’effort de rattrapage des entreprises nord-américaines et européennes : la quête de la performance passe par l’amélioration continue au service du client et de l’entreprise en jouant sur deux leviers d’action que sont la chasse aux gaspillages et la simplification des processus afin d’augmenter leur fluidité et leur flexibilité.

La démarche Lean Startup est donc une déclinaison de ces grands principes dans le contexte particulier des petites entreprises mais avec les mêmes visées stratégiques. En tirant partie des possibilités offertes par l’Open Source et des méthodes Agiles, les jeunes pousses peuvent améliorer leur efficience de manière significative et valider rapidement les hypothèses sous-jacentes à leur business model. L’utilisation de plateformes LAMPS (Linux, Apache, MySQL, PhP) s’est démocratisée en raison de leur faible coût et de la présence de tous ces composants dans la plupart des distributions Linux. De leur coté, les méthodes Agiles permettent de réduire les coûts de développement, d’augmenter la créativité et le delivery des équipes, et de développer sa base clients comme illustré par les travaux de Steve Blank et d’Eric Ries.

Plus d'agilité

Concrètement, le Lean Startup renvoie à un ensemble d’outils et de méthodes pour développer son entreprise en combinant Agile Software Development, Customer Development et stratégies de plateformes. Pour Steve Blank, une startup est une institution humaine ayant pour objet de créer un nouveau produit ou service dans des conditions d’incertitude forte. Aussi, toute entreprise s’efforçant de créer une innovation stratégique ou d’explorer un nouvel espace de marché s’apparente à une startup. Le principal intérêt de la démarche Lean Startup est de pouvoir tester tous les aspects relatifs à sa vision du business, à son marché et ses clients, au produit ou au service... et d’adapter en temps réel son business model et son design organisationnel en fonction des retours clients.

L’agilité de la startup résulte de cette volonté d’aller vite (mais sans précipitation) et surtout, aller à l’essentiel : se concentrer avant tout sur ce qui marche (Minimum Viable Product) et développer ensuite le reste... Cette forme de pragmatisme radical séduit aujourd’hui beaucoup de grandes entreprises qui sur un fond de crise, tentent de rationaliser leur fonctionnement tout en améliorant leur performance.

Il n’y a pas si longtemps encore, l’une des vulgates managériales était « Big is Beautiful ». La course à la taille critique et son cortège de fusions-acquisitions ont cependant créé beaucoup plus de problèmes qu’ils n’étaient censés en résoudre et progressivement est réapparue l’idée selon laquelle le recentrage sur son core business, sur l’expérience client et la création de valeur étaient des éléments clés de toute stratégie. En ce sens, le Lean Startup peut être une source d’inspiration pour les grandes entreprises sous réserve de ne pas tordre le cou à la philosophie ou à l’esprit initial de la démarche, en mobilisant correctement les outils et méthodes, en gérant efficacement le changement, et en cultivant une vrai culture entrepreneuriale...culture que bon nombre de grandes entreprises ont perdu.