Les principales caractéristiques du modèle open source sont particulièrement bien adaptées à la profondeur et à l’urgence des enjeux du développement durable. Démonstration.

Par Frédéric Bordage, expert Green IT et fondateur de GreenIT.fr

L’humanité fait face à deux problèmes environnementaux majeurs : le dérèglement climatique et l’épuisement des stocks de matières non renouvelables. La solution est connue depuis longtemps : diviser par 4 notre consommation, notamment d’énergie fossile et de matières premières épuisables. Comment ? En mutualisant nos ressources. Partager sa voiture en co-voiturant, son cours d’eau avec le pays voisin... Après 50 ans de consommation de masse basée sur l’individualisation, le changement de paradigme est trop radical pour que les méthodes habituelles aillent assez vite. En témoignent l’échec de Copenhague et le retrait de la Contribution Climat Energie (taxe carbone). Nous devons trouver d’autres outils pour accélérer la construction d’une société plus durable et son adoption par le plus grand nombre. La communauté open source et son modèle d’innovation ouverte détient peut-être notre sésame.

Réapprendre à partager

Cela parce qu'elle nous apprend que pour limiter les ressources nécessaires à l’atteinte d’un objectif, il faut regrouper les moyens mis en œuvre. Cette mutualisation n’est efficiente que si elle s’appuie sur des standards et un code source ouvert, qui décuplent le potentiel d’innovation et favorisent une adoption rapide. L’ouverture du code garantit aux contributeurs qui investissent du temps et/ou de l’argent qu’ils pourront accéder au logiciel autant qu’ils le souhaitent. Techniquement, les logiciels sont architecturés autour d'un noyau qui répond à 80 % des besoins essentiels. Autour de ce noyau viennent se connecter des extensions qui répondent aux besoins moins répandus. Cet écosystème évolue. Si une fonction devient incontournable, elle est intégrée au noyau. Cette organisation permet de répondre vite aux besoins essentiels sans compromettre la capacité d’évolution et d’adaptation à un usage donné. Debian est par exemple une distribution "endémique" de Linux. Darwin aurait adoré !

Une organisation transparente

Au delà des aspects techniques, les communautés du libre reposent sur une organisation pyramidale aux processus transparents. Ces deux propriétés garantissent un travail rapide et efficace et pousse les chefs de projet à prendre leur responsabilité. Le pouvoir du créateur du logiciel est contrecarré par celui des utilisateurs. D'une part, ces derniers peuvent "forker" un projet du jour au lendemain. On le voit avec MySQL et MariaDB. D'autre part, le modèle économique est quantitatif. Seule l'adhésion du plus grand nombre garantit au créateur des revenus confortables et pérennes. Les communautés open source ont donc dissocié les revenus (liés au service) du logiciel qui peut ainsi être distribué gratuitement pour toucher rapidement le plus grand nombre. A-t-on intérêt à appliquer ces principes - architecture modulaire, méritocratie éclairée par le contre-pouvoir des utilisateurs, standardisation, découplage des revenus directs du produit, etc. - au développement durable ? Tout porte à le croire. Votre avis ?