L'utilisation de l'open source en entreprise doit faire partie d'une stratégie logicielle bien réfléchie et nécessite la disponibilité de compétences techniques et juridiques pointues.

Par Pierre Bosche, Directeur mondial du Conseil en Technologies d’Accenture pour le secteur de la Finance
Qualité, flexibilité, contrôle et indépendance vis-à-vis des fournisseurs comptent parmi les principales qualités des logiciels libres. Au-delà de ces atouts, c’est souvent la perspective d’une réduction des coûts qui incite les entreprises à envisager l’open source. Reste qu'à défaut de mettre en place une stratégie définissant clairement l’intérêt de l’open source pour leur activité sur le long terme, de nombreuses sociétés adoptent les logiciels libres au gré des opportunités qui se présentent, dans le cadre de projets ponctuels. Avec cette approche, les coûts induits par le développement des compétences et l’organisation de la filière de production excèdent parfois les économies dégagées. Ainsi, l’utilisation de composants open source exige à mon sens de la société utilisatrice de solides compétences techniques, de même qu’un effort de test et d’intégration accru. Ces logiciels ne sont accompagnés d’aucune garantie de compatibilité avec les autres composants du marché et chaque évolution nécessite donc des tests techniques et fonctionnels approfondis.
Envisager des planifications
Si des problèmes de compatibilité apparaissent, c’est à l’utilisateur de trouver une solution qui n’est pas toujours disponible sur le marché. D’autre part, la propriété de ces logiciels dits libres peut être questionnée. Dans un tel cas, la société utilisatrice se trouve confrontée à des parties en réclamant la propriété et les droits qui y sont attachés. Il faut donc bien mettre en balance le fait de payer des licences et la maintenance associée qui offre de nombreuses garanties (compatibilité, droits de propriété, mises à jour régulière), et l’utilisation de logiciels libres sur lesquels l’entreprise va devoir assumer l’ensemble des responsabilités. Autre problème : la gestion de l’open source ne fait pas suffisamment l’objet de planifications. Cette absence de structures de gouvernance au sein des services informatiques constitue un facteur de coûts supplémentaire.
Des logiciels comme les autres
Cette carence est problématique quand des dizaines de chantiers sont concernés et que le déploiement des logiciels libres s’effectue en toute anarchie - sans règles ni procédures d’achat cohérentes, et sans attribution de responsabilités clairement définies pour assurer la maintenance des différents composants en production.  Pour libérer pleinement leur potentiel, les logiciels libres doivent s’inscrire dans une stratégie (externalisation, optimisation du portefeuille applicatif ou encore migration de l'infrastructure en place) qui prend en compte la totalité de l'environnement de l’entreprise. L’utilisation de l’open source est une idée intéressante mais requiert des compétences et une attention accrue de la société utilisatrice. Les logiciels libres se distinguent sur de nombreux points, mais quand on touche au système d’information de l’entreprise, ils doivent être traités comme tout autre logiciel.