Fabrice Lucchini est un immense comédien. Bon, c'est assez cliché de dire immense, intuitionnant qu'il n'atteint pas le mètre quatre vingt. Mais il est impressionnant dans sa diction, dans son occupation de l'espace. Il envahit, persiste, crachote. On dirait du Brel en live sans le pathos. Bref, hier soir, "Le point sur Robert". J'avais déjà assisté il y a quelques années à sa lecture de textes et était resté ébahit devant son interprétation de Nietzsche, qui est mon philosophe préféré non seulement pour ses aphorismes joyeux, que pour son nom, qui est aux humains ce qu'ornithorynque est à l'animal. Là, j'ai découvert Chrétien de Troyes, Mallarmé, Rolland Barthes, Paul Valéry. Ha, entendre le flux de "le spectacle d'une eau riche et lourde et complexe, parée de nappes de nacre, troublée de nuages de fange"... Rien que pour cette ouverture à la poésie à la maîtrise de la langue, je lui tire mon chapeau que je n'ai pas parce que je ne suis pas basque.

Déception. Cela vient peut-être du lieu : ma dernière visite à l'espace Pierre Cardin tenait à l'assemblée générale de l'Electronic Business group. Mais bon, déception. Déception, car maux, maux que j'attribue au web 2.0. Participatif, mashup. Quand je vais assister à un spectacle, je n'ai aucune envie de chanter, parler. Je veux entendre. Sinon j'irais de moi-même m'inscrire à Intervilles. Et là, déclamer en groupe du Jean Genet grivois - "Assieds-toi sur ma bite et causons", même si la phrase est belle; je passe. Mashup ? Oui, car pour panacher ses lectures, il les mixe allègrement avec du One Man Show à la ... (remplacez les petits points par n'importe quel nom de comique), du Yves Lecoq pour l'imitation de chanteur français, et du Bedos pour la partie brèves sur la politique. J'imagine bien un opéra ou un concert de musique classique où l'on fera faire les chœurs au public (Prends garde à toi !), où l'on passera entre deux mouvements de l'orchestre symphonique à l'orchestre de chambre. Peut-on me traiter de vieux réac pour autant ? Oui, il y a un risque.

Rédigé par Renaud Edouard-Baraud
Directeur général de L'Atelier BNP Paribas Asia