On le voit bien à L’Atelier numérique avec la rubrique du Blogonaute. Le blogueur disert se fait rare. Il préfère gazouiller la journée durant ou le soir venu, orchestrer sa moisson de pépiements en un Scoop.it. Il est pourtant des irréductibles du blog: les blogs de BD.

Comment cette blogosphère a-t-elle évolué? SI en 2004, certaines têtes se détachaient déjà (Mélaka, Laurel, Boulet, pour les plus connus), qu’en est-il d’aujourd’hui? Ne s’y perd-on pas? Pour approcher le sujet, c’est dans un endroit tout d’esprit BD insufflé que j’ai rencontré Monsieur Patate, enfin, Martin Vidberg, le papa de L’actu en patates

Vous êtes passé du blog BD perso, au blog que l’on connaît au ton plus actu, aux albums. Chaque support nécessite-t-il une écriture différente?

Non, pas du tout. En fait, le blog, à la base, c’est un moyen de diffuser ses dessins sur internet.C’est toujours ce que je fais. Si je fais de l’actualité, c’est peut-être justement par pudeur parce que beaucoup de blogs BD fonctionnent un peu sur l’égocentrisme. J’ai du mal à parler de moi, à me mettre en scène systématiquement. Et l’actualité c’est un sujet qui nous touche tous et sur lequel il est facile de partager.

Les réseaux sociaux peuvent-ils être une manne pour l’inspiration ? Un humoriste m’avait dit un jour que c’était une malle à vannes assez extraordinaire.

Le problème que j’ai avec les réseaux sociaux, c’est qu’une fois qu’on a vu une vanne vraiment bonne dessus, on n’ose plus dessiner, même si on l’avait eue juste avant. Donc à la fois, je regarde un petit peu ce qui s’y passe. Et en même temps, j’ai peur quand je regarde, de trouver la bonne idée et que j’allais faire justement.

Ça vous est déjà arrivé ?

Ça arrive souvent, oui. Et parfois, on n’a pas encore eu l’idée mais quand on la voit écrite sur internet, on se dit : « Mince, celle-là j’allais l’avoir dans 5mn et voilà je ne peux plus la faire ».

Vous avez commencé très tôt à être présent sur le web. Vous me disiez dès 2000. J’imagine que vous aviez pu voir l’évolution de la blogosphère, surtout la blogosphère BD. Est-ce que vous avez vu une évolution ? Vous avez assisté au dernier Festiblog. Réussit-on toujours à y distinguer les nouveaux champions?

En fait, la grande différence par rapport au premier Festiblog, il y a 8 ans, c’est qu’avant, on se connaissait tous puisqu’on avait des blogs. On s’échangeait des liens entre nous. et maintenant comme Facebook a un petit peu vampirisé tous les liens sur internet, je ne découvre les nouveaux dessinateurs qu’en arrivant au Festiblog. Et j’imagine que c’est la même chose pour beaucoup de monde.

Est-ce qu’il y a eu une évolution aussi dans la communication avec le lectorat ? J’ai un peu l’impression qu’en 2005, il y avait encore cette espèce de communauté de gens qui allaient sur les blogs, qui allaient dire : « Tiens, viens voir mon site ». Le blogueur est redevenu solitaire ?

Les blogueurs ont toujours été plus ou moins solitaires parce que quand on se met à lancer un blog en général, c’est parce qu’on a un besoin de communiquer qui vient d’une certaine solitude au début. L’évolution, peut-être, est que les blogueurs sont un peu moins égocentriques. Tout fonctionne maintenant sur le buzz, donc on essaie de toucher les sujets qui vont se partager le plus possible. Alors qu’auparavant, les blogueurs parlaient de leur vie et se mettaient en scène sur le long terme, sur des épisodes. C’est peut-être la principale différence que j’y vois.

Martin Vidberg a sorti aux éditions Delcourt en novembre dernier un nouvel album "Jusque-là, tout est normal".

Interview initialement diffusée dans L'Atelier numérique, en octobre dernier.

 

Rédigé par Lila Meghraoua
Journaliste/Productrice radio