25 000

titanics

c'est ce que représente la totalité des déchets solides générés tous les ans

Dans le monde, près d’1,3 milliard de tonnes de déchets solides sont générés tous les ans. Cela représente près de 25 000 Titanics. Toujours selon la banque mondiale, ce nombre pourrait atteindre les 2,2 milliards d’ici à 2025. Or la gestion de ces détritus est un enjeu environnemental de taille. Il en va d’abord évidemment du milieu de vie du citoyen. Si la ville ne remplit pas son rôle efficacement, les habitants peuvent vite se retrouver confronter à une crise sanitaire comme à Naples il y a quelques temps. À Beyrouth, la situation avait aussi cristallisé les frustrations politiques de la population. Les entreprises sont également de plus en plus sensibilisées aux questions de gestion des déchets, motivées en partie par les préoccupations environnementales des consommateurs. Car qu’elles résultent des activités de bureaux ou domestiques, les ordures ont un effet non négligeable sur le réchauffement climatique. 3,4% des émissions de gaz à effet de serre européennes seraient dû à la gestion des déchets selon un rapport d’octobre 2015 réalisé par l’Agence européenne pour l’environnement. L’empreinte carbone des déchets seraient en réalité sous-évaluée – si l’on en croit l’association Zéro Waste France – puisque les émissions liées au transport et à l’incinération des déchets ou encore au gaspillage alimentaire sont comptabilisées dans d’autres sections que celle dédiée aux détritus. Pour le bien-être des citoyens et la sauvegarde de la planète, une meilleure gestion des déchets (ménagers mais pas seulement) est essentielle. Plusieurs start-up adressent ce problème et aident particuliers, entreprises et pouvoirs publics à moins gâcher et mieux recycler.

Optimiser les quantités pour ne pas gaspiller

Regard d'expert

Erna Klupacs

Marketing Manager chez Winnow

Si toute la nourriture gâchée entre la ferme et la fourchette était un pays, ce serait le 3e plus grand émetteur de gaz à effets de serre dans le monde, après les Etats-Unis et la Chine 

Le gaspillage alimentaire est considérable, en particulier dans les pays industrialisés. Chaque seconde 41,2 tonnes de nourriture sont jetées dans le monde. Près d’un tiers de la nourriture produite est gâchée ou perdue, soit près de 1,3 milliards de tonnes par an d’après la Food and Agriculture Organisation (FAO). L’agence onusienne chiffre à 680 milliards de dollars le montant des pertes dans les pays développés contre 310 milliards dans les pays en développement. Pour réduire ce gaspillage, il existe plusieurs solutions. La plus évidente consiste à mieux évaluer les besoins pour moins jeter. C’est la raison d’être de la start-up Winnow, basée au Royaume-Uni. Son co-fondateur, Marc Zornes, a voulu apporter une solution en réalisant que « si toute la nourriture gâchée entre la ferme et la fourchette était un pays, ce serait le 3e plus grand émetteur de gaz à effets de serre dans le monde, après les Etats-Unis et la Chine », raconte Erna Klupacs, Marketing Manager chez Winnow. Pour limiter le gaspillage dans les restaurants, faire des économies et réduire l’empreinte environnementale, Winnow permet aux chefs cuisiniers de savoir exactement ce qui est jeté. « L’équipe en cuisine dispose d’une tablette tactile et d’une balance électronique connectée qui enregistre le poids de chaque déchet et envoie un message pour indiquer le prix de la nourriture mise à la poubelle », détaille-t-elle. Une manière efficace de sensibiliser les employés au coût des aliments jetés et de les motiver à mieux penser ou évaluer les besoins pour optimiser l'achat des ingrédients nécessaires à la préparation des repas. Une étape essentielle selon la responsable Marketing, pour qui « l'engagement et le changement de mentalité sont la clé du succès dans la réduction du gaspillage alimentaire ».

#ForTheLoveOfFood_Winnow
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Un autre moyen d’éviter le gaspillage consiste à mieux préserver les aliments. « Mimica Touch » propose une solution en ce sens : une étiquette bio-réactive qui remplace la date de péremption et reproduit l’aspect de l’aliment. Fini les produits périmés mais toujours comestibles jetés à tort. Si le citoyen a plus de temps pour consommer, moins d’aliments finiront dans la poubelle. « Pendant des années, on s’est davantage posé la question de savoir comment disposer des déchets alimentaires plutôt que de comment les réduire », note Erna Klupacs. Winnow et Mimica ont choisi une autre stratégie et donnent raison à l’adage : « mieux vaut prévenir que guérir ». En réalité, l’un ne va plus sans l’autre. Et les acteurs en sont conscients. Winnow travaille ainsi en collaboration avec d’autres start-up de l’écosystème qui réutilisent les produits jetés comme Too Good To Go ou encore Olio.

 « Pendant des années, on s’est davantage posé la question de savoir comment disposer des déchets alimentaires plutôt que de comment les réduire »

Donner plutôt que jeter

Smart city

La smart city de demain sera verte et durable

Archive Avril 2017

La start-up Olio, originaire du Royaume-Uni, s’adresse aux particuliers. L’objectif est de « connecter les voisins entre eux et avec les commerces locaux pour que le surplus de nourriture puisse être partagé plutôt que gaspillé », explique Tessa Cook, co-fondatrice et CEO d’Olio. L’idée lui est venue il y a trois ans alors qu’elle déménageait et ne pouvait pas emporter ce qui restait dans sa cuisine. « J’ai cherché partout et sans succès quelqu’un à qui donner. En tant que fille d’agriculteur, je sais à quel point produire de la nourriture demande des efforts et j’ai toujours détesté jeter ce qui était consommable. » Comme pour une vente, la personne disposant du surplus poste une photo sur l’application et les deux parties conviennent de l’endroit et de l’heure de l’échange qui est en principe gratuit - le receveur peut également reverser une somme de son choix à une association. Forte de ses 350 000 utilisateurs, la start-up a aussi une présence importante sur les réseaux sociaux et s’en sert pour sensibiliser le plus grand nombre via des images marquantes.


SpoilerAlert
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Le pendant professionnel d’Olio se nomme Spoiler Alert. La start-up bostonienne aide les producteurs, distributeurs et vendeurs dans le secteur de l’alimentation à gérer leurs invendus grâce à un logiciel spécialisé. Partants du principe que « le surplus ou la nourriture non vendue ne sont pas forcément invendables et ce qui l’est ne doit pas nécessairement finir dans la benne à ordure », Ricky Ashenfelter, CEO de Spoiler Alert et ses cofondateurs, tous alors étudiants au MIT, ont décidé d’apporter une solution à ce gâchis. Leur concept ? « Clarifier et apporter des informations sur les efforts de réduction et de réacheminement des déchets existants et faciliter les dons de nourriture en temps réel, les ventes au rabais et/ou le recyclage de matières organiques via un portail sécurisé. » Comme Olio, la start-up de Ricky Ashenfelter a à cœur d’offrir une seconde vie à des produits qui auraient été jetés. Quid de ceux qui le sont effectivement ? Que deviennent les déchets mis à la poubelle ?

Quel avenir après la poubelle ?

C’est souvent dans les centres de tri des déchets que se décide l’avenir de ces derniers. 39,5% des déchets ménagers sont recyclés en France. D’après les estimations de la loi relative à la transition énergétique, ce chiffre devrait progresser de 10%. C’est encore loin de ce que fait l’Allemagne (aujourd’hui à 66,1% de déchets ménagers recyclés) ou des ambitions de la Californie et de ses 44% de taux de recyclage. Le Golden State s’est en effet imposé un objectif audacieux en 2011 : 75% de recyclage, de compostage ou de réduction à la source des déchets solides d'ici 2020. Pour y parvenir, l’État de la Silicon Valley peut compter sur les start-up locales et d'ailleurs.

calrecycle.ca.gov

calrecycle.ca.gov

La réincarnation des déchets en énergie

Regard d'expert
 Thomas Buchegger

Cofondateur de Wmoove

Nos centrales-électriques chauffent les détritus - jusqu’à ce qu’ils se séparent dans un état gazeux - mais sans jamais les brûler.

Les déchets sont transformés en biogaz depuis un certain temps déjà. Des jeunes pousses s’attaquent à la filière en proposant à leur tour des solutions de transformation de déchets en énergie. Ainsi, la start-up londonienne Bio-Bean a créé des partenariats avec des salons de thé dans tout le Royaume-Uni pour récupérer les marcs de cafés et les utiliser dans la création de bio-carburant. Le digesteur de la Chinoise Enwise est vendu aux entreprises et leur permet de créer des engrais ou de dégager de l’énergie. Enfin, la start-up Wmoove rencontrée au Web Summit 2017 à Lisbonne, a mis au point sa propre technologie. « On ne peut pas parler des détails mais pour ce qui est du processus, nos centrales-électriques chauffent les détritus jusqu’à ce qu’ils se séparent dans un état gazeux. Il est important de savoir que nous ne brûlons pas les déchets. Le gaz utilise un système turbine / générateur qui produit de l'électricité », explique Thomas Buchegger, le cofondateur de Wmoove. Leur approche les distingue de leurs consœurs. « Nous ne transportons pas de déchets à travers le pays vers de grandes usines. Nous produisons avec les petites usines de l'énergie là où c'est nécessaire et là où les déchets se trouvent, par exemple directement dans les aéroports ou les centres commerciaux. » Les entreprises évitent ainsi de payer pour se débarrasser des déchets et gagnent de quoi produire de l’électricité ou de la chaleur grâce à ce type de solutions.

Pour toutes ces méthodes de réduction ou transformation des déchets, l’argument économique est souvent capital pour convaincre le consommateur ou l’entreprise. La plupart des jeunes pousses interviewées s’accordent en effet à dire que l’obstacle le plus difficile à surmonter est bien, comme souvent, la mentalité et la difficulté à faire changer le consommateur de comportement. Faire accepter la technologie en cuisine ou faire prendre l’habitude de donner plutôt que jeter n’est pas toujours chose aisée. Les gouvernements ont un rôle à jouer pour sensibiliser les populations, mettre en œuvre les politiques qui s’imposent, voire financer des initiatives prometteuses. La technologie peut être très utile à la gestion des déchets et donc par extension au bien-être des citoyens et à la sauvegarde de la planète. Restons vigilants à ce que les solutions utilisées ne soient pas elles-mêmes sources de pollution : à quand une technologie pour tout rendre biodégradable y compris la technologie ?

Rédigé par Sophia Qadiri
Responsable éditoriale et journaliste