L'Open World Forum s'est intéressé à l'Open Innovation et à sa relation potentielle à l'Open Source. L'occasion de faire le point sur ce que les entreprises ont vraiment à apprendre du libre.

Aujourd’hui l’Open Source désigne tout le mouvement autour des logiciels libres, en particulier une idéologie anti-propriétaire forte et l’organisation du travail dans une communauté globale de co-développeurs. L’organisation du développement et la distribution des logiciels dans leur version officielle est largement centralisée, notamment par la fondation Mozilla. Avec une dizaine de milliers de collaborateurs qui travaillent sans rémunération pour le projet, une telle organisation a une capacité énorme de développement et son mode de fonctionnement en fait un idéal pour beaucoup d’entreprises. Les développeurs ont le sentiment de travailler pour le bien commun et non au profit d’une société commerciale et c’est précisément l’accès libre au code source qui permet une collaboration mondiale massive. Reste que les quelques initiatives que les entreprises appellent Open Innovation et Crowdsourcing échouent souvent par manque de participation.

La clé du succès

Si elles comprennent l’importance qu’a la forte identification avec l’organisation qui coordonne les efforts, essentielle pour motiver les collaborateurs, elles tendent souvent à surestimer le poids de leur bon nom. Si Mozilla est si apprécié c’est que son projet l’est. Plutôt que de tenter de contourner la contrainte idéologique, les entreprises doivent emprunter des chemins clairs: si la constitution d’une communauté de collaborateurs lui apparaît comme stratégique, elle peut choisir (comme Google) d’ouvrir le code des produits co-développés. Mais la promesse du bien public n’est pas suffisante. Il faut aussi entretenir et organiser la communauté: Mozilla emploie aujourd’hui plus de 300 permanents. Sans idéologie contagieuse, la main d’oeuvre et la mise à disposition ouverte des résultats ne suffiront pas pour motiver des contributeurs. Les entreprises qui peuvent compter sur leur bon nom pour susciter la collaboration d’une communauté qualifiée en offrant quelques goodies (appréciation, produits gratuits, visites d’usine...) sont peu nombreuses, mais il y en a.

Partage de revenus ou concours

Dans l’informatique et ailleurs: Lego en est une. Une alternative est l’instauration d’un modèle de partage de revenus, comme celui d’Apple sur son App Store ou de Google sur son Android Market où les développeurs des applications touchent une partie du prix de vente des apis payantes. Mais le travail y a lieu de façon individuelle et les réitérations et tests massivement collectifs qui permettent d’éliminer les “bugs” des logiciels n’ont pas lieu. Résultat : si vous ne voulez pas travailler pour le bien commun, n’êtes pas sexy comme Lego et n’avez pas le pouvoir de distribution d’Apple ou Google, il vous reste toujours de payer les gens pour leur travail, ou d’organiser des concours. Cela vaut la peine : dans la plupart des cas, le mode crowdsourcing aura un impact sur la vitesse de développement, mettra à jour des solutions surprenantes et innovantes, et sera moins cher que les méthodes traditionnelles.