Si l'on s'intéresse à l’environnement global, la question peut se poser de savoir si la montre connectée va cannibaliser les montres traditionnelles, qui évoluent dans un monde bien segmenté.

Il faut d’abord analyser qu’en terme de gammes, elle est positionnée sur celle des montres comme accessoires de mode ou sportif, telle celles intégrant GPS et podomètre. Il s’agit donc de produits à moins de cinq cents euros auxquels viennent se joindre les bracelets connectés, bien distincts du secteur du luxe, dont l’impact subi par cette catégorie arrivante sera certainement moindre. Pour ce dernier secteur, on peut imaginer une adaptation différente, avec un nombre réduit de fonctions ajoutées à ces montres pour ne pas dénaturer leurs productions et designs traditionnels.  Fabriquées avec les critères classiques d’horlogerie, elles pourraient en effet intégrer des fonctionnalités digitales : on trouverait ainsi au poignet d’un joueur de golf du dimanche un podomètre sur sa Jaeger, Chopard, Rolex, Tag heuer, Bell & Ross… Ces marques de luxes pourraient également développer des concepts bifaces comportant un cadran traditionnel et un digital. La question n’est donc pas tant de savoir si les montres intelligentes vont éclipser les classiques que de savoir si les nouvelles fonctionnalités seront effectives dans un environnement ouvert ou fermé. C’est-à-dire de comprendre si les montres de demain vont simplement agir comme génératrices de data, ou bien si elles vont s’inscrire dans un écosystème plus large, en relayant des data via une communication avec divers appareils.

Deux types de montres connectées

C’est en effet ces deux types de montres connectées qui se dégagent. Le premier, avec pour principal objectif de générer des données et de les transmettre, quelle que soit la technologie utilisée, est principalement à prendre en compte dans le cadre de l’automesure. Ainsi la montre peut capter des données relatives à la santé, comme le rythme cardiaque, puis les transmettre aux différents acteurs du secteur médical. Le deuxième type où la montre s’inscrit dans son écosystème d’objets et capteurs connectés. Selon les paramètres choisis, elle nous informe que notre voiture est en train d’être fracturée, que notre chaudière a bien été lancée ou qu’un sms a été reçu. Elle peut également mémoriser le taux de charge de la batterie de votre voiture électrique et rappeler l’obligation de recharger le véhicule en fonctiondu trajet à venir. Plus encore, elle peut donc avoir un rôle pédagogique : après un certain temps de marche, elle indique qu’il est temps de s’hydrater, au cours d’une course à pied, elle nous conseille de ralentir pour réguler notre rythme cardiaque. Tout cela doit bien sûr s’effectuer avec la plus grande lisibilité, d’autant plus dans un contexte de vieillissement de la population. L’enjeu économique est conséquent : le cabinet ABI Research prévoit que 485 millions de ces nouvelles montres pourraient être vendues d’ici 2018. De nombreuses entrées sur le marché sont prévues, à l’instar de celle de la Samsung Galaxy Gear.

Une montre personnalisable et ouverte

Ma montre idéale est celle qui, au même titre que les appareils photos actuels, propose aussi bien des paramètres généraux que des paramètres personnalisables. Ainsi une personne suivant un traitement souhaitera que sa montre lui envoie un signal pour lui rappeler l’heure de la prise d’un médicament. Certes, les téléphones pourraient déjà exécuter cette fonction. Seulement, alors que le mobile se trouve dans la poche, la montre, elle, est au poignet. Elle a donc un avantage de visibilité et d’accessibilité. Pour répondre à tous ces besoins, la montre doit donc être capable de gérer des paramètres divers, que ce soit en matière d’automesure, de santé, de domotique, d’automobile, de mobilité dans la ville, de sécurité…  On peut ainsi imaginer recevoir un simple signal d’un membre de sa famille en difficultés, telle une personne âgée qui a chuté. De même on pourra recevoir un signal lorsque l’on passe à côté d’un commerce conseillé par ses amis sur son réseau social.  L’écosystème de la mobilité (automobile, deux-roues…) est particulièrement intéressant tant le champ des possibles semble large le concernant, notamment en termes d’e-santé en visualisant et mémorisant sur soi des données exploitables ultérieurement.

Une startup française aux commandes ?

Mais pour que ces possibilités soient exploitées et apportent de la valeur, il faut impérativement que les architectures et systèmes d’exploitation soient ouverts et communicants, parallèlement aux marques qui continuent à être dans des systèmes relativement fermés proposés par  exemple par Samsung et Apple. L’enjeu des montres connectées va à mon avis reposer sur la capacité d’exploiter des data générées par les usagers par le plus grand nombre d’acteurs « partenariats marques et acteurs du secteur public ». Pour l’avenir il va y donc avoir une cohabitation entre : les marques  du secteur des TIC qui se développent sur les montres connectées, le secteur des montres traditionnelles qui pourront intégrer des fonctions digitales et, comme d’habitude,  les « barbares », de nouveaux acteurs disruptifs qui vont intégrer les critères fondamentaux de réussite que sont aujourd’hui le système d’exploitation ouvert interopérable, le design épuré et l’ergonomie simplifiée, pour répondre aux besoins du plus grand nombre, via un paramétrage personnalisable voire une customisation de l’objet montre. Cela se fera, je l’espère, via des start-up françaises, nous avons les ingénieurs et designers pour cela…