My mistakes were made for you

About as subtle as an earthquake, I know
My mistakes were made for you

A condition de manquer complètement de poésie, on serait tenté d'appliquer cette jolie chanson des Last Shadow Puppets à l'étude dont je vais vous parler aujourd'hui. Oui, c'est exactement ce que je suis en train de faire avec mes airs de ne pas y toucher ; déduisez-en ce que vous voulez.

Les économistes sont des grands joueurs. Pour évaluer leurs théories, ils aiment à s'appuyer sur ce qu'on appelle la théorie des jeux. C'est-à-dire qu'ils bâtissent des scénarios dans lesquels plusieurs joueurs sont mis en opposition avec gains à la clé. Une sorte d'économie de marché "pour de rire", dans laquelle les règles seraient fixées par les scientifiques. En observant le comportement des joueurs et les stratégies qu'ils emploient, il est ensuite possible d'en tirer des conclusions ronflantes qui leur permettent de frimer dans les cours de récré.

Celle que vient de tirer une équipe de chercheurs suisses et britanniques est de nature à faire pâlir d'envie leurs petits camarades. Ils expliquent en effet dans une étude que tous les comportements coopératifs observés dans ce type de jeu sont en fait dus à une erreur d'interprétation des joueurs. Autrement dit, si votre partenaire de jeu vous rend service, c'est sans doute qu'il ne l'a pas fait exprès. Merci quand même.

Quand on se plonge avec l'opiniâtreté suicidaire du journaliste dans les détails de l'étude, on se rend compte que c'est un peu plus compliqué que ça.

Les chercheurs expliquent en fait que quelle que soit la règle du jeu fixée, les joueurs vont éviter d'adopter un comportement trop extrême (c'est-à-dire soit trop clairement coopératif, soit trop égoïste). Et ce, même quand il est dans leur intérêt de coopérer pleinement avec les autres joueurs. "Même quand la pleine coopération délivre le meilleur rendement financier, entre deux tiers et la quasi-totalité des joueurs continuent de percevoir les autres participants comme des concurrents", explique un chercheurs d'Oxford (dont on se demande sérieusement pourquoi il appartient au département de Zoologie. Et je n'invente rien).

Ce que montre surtout cette étude, c'est à quel point le sens de la compétition est ancré dans le mode de pensée des participants à ce type de jeu. La question étant de savoir s'il s'agit d'un phénomène proprement humain ou s'ils ont simplement intégré que le jeu (qu'il soit économique ou ludique) impliquait nécessairement un gagnant et un perdant. Je me garderai bien d'essayer de trancher ce sujet de discorde qui anime les cours de récréation de nos économistes-zoologues depuis des lustres.

* Les universités d'Oxford d'Edinburgh et de Lausanne sont impliquées dans ce projet

Rédigé par Nathanaël Vittrant