Quand il est question de l'informatique dans les nuages, la question des normes ne cesse de jouer l'Arlésienne. Il semble toutefois qu'un minimum de standardisation puisse apporter beaucoup au cloud computing.

Par Pierre Bosche, Directeur mondial du Conseil en Technologies d’Accenture pour le secteur de la Finance.
Peu de personnes s'opposent à toute forme de standardisation. Industrie, transports, télécoms, distribution… : tous les secteurs d’activité se sont construits sur des principes communs. Certes, bien souvent, les premiers référentiels n’avaient pas une vocation universelle, mais chacun a, à sa façon, contribué à favoriser l’adoption et le développement de l’innovation concernée. Prenons l’exemple du cloud computing. Il n’est pas surprenant d’observer un engouement soudain pour la standardisation dans ce domaine. Personne n’a envie de concevoir des systèmes nécessitant une compatibilité avec les multiples offres des acteurs du secteur. On peut dire que l’adoption du cloud a été freinée par l’absence de standardisation - ou du moins, par l’absence d’interopérabilité. Pourtant, j’ai répertorié pas moins d’une vingtaine d’organisations tentant de définir des normes pour le cloud, depuis les véritables organismes de normalisation jusqu’aux groupes industriels en passant par les entreprises de nouvelles technologies et les consultants...
Disposer de principes communs
Mais le plus significatif, c’est que les entreprises ne participant pas à ce processus de standardisation sont aussi celles considérées à la pointe de cette technologie. D’aucuns estiment qu’une standardisation trop précoce bride l’innovation, et que la plupart de ces soi-disant normes se révèlent être des tentatives de geler ou de s’approprier le marché - ils n’ont pas tout à fait tort. Mais les faits sont là : les gens appellent de leurs vœux un minimum de compatibilité parce qu’ils ont besoin de différents fournisseurs et de s’assurer de la pérennité de leurs investissements. Il est légitime d’un point de vue juridique et commercial de disposer de principes communs, d’avoir plusieurs options, de pouvoir se rabattre sur un plan B (ou C, voire D pour les anxieux). Il est encore difficile de savoir quand nous arriverons au niveau de standardisation auquel beaucoup d’entre nous aspirent.
Innovation ou adoption ?
J’estime qu’il ne sera jamais trop tôt pour l’interopérabilité. J’aimerais voir l’industrie informatique s’entendre sur des critères d’interopérabilité de base. J’invite les fournisseurs à intégrer au moins des composants standardisés. L’hétérogénéité des interfaces de programmation (API) en retarde l’adoption. Il en va de l’intérêt de tous – utilisateurs et fournisseurs. Nous n’en sommes pas à un processus de normalisation de type ISO, cela arrivera en son temps, mais j’aimerais pouvoir écrire des codes et des systèmes compatibles avec de multiples fournisseurs de cloud. C’est également ce que recherchent les entreprises. Alors faut-il privilégier l’innovation ou l’adoption d’une technologie ? Ce n’est que lorsque nous aurons répondu à cette question que nous pourrons commencer à nous interroger sur le meilleur moyen de réaliser l’immense potentiel du cloud computing.