Peu le savent, mais je suis entouré de femmes à la rédaction de L'Atelier. C'est assez perturbant, parfois, surtout lorsqu'elles oublient momentanément ma présence, et que j'assiste stupéfait à des conversations proprement féminines, pénétrant soudainement dans l'espace fermé parfaitement décrit par Simone de Beauvoir, espace où elles abandonnent un instant leur "rôle de représentation", et qui est très bien illustré dans la série Mad Men par les conversations échangées dans les cuisines, quand les hommes fument au salon.
Chose étrange, j'en arrive parfois à oublier moi-même que je suis un homme, étant pleinement intégré à ces échanges qui m'étaient auparavant - et pour cause - interdits. Phénomène pour le moins bouleversant, qui m'amène (oui, vraiment, par hasard) à évoquer une récente découverte scientifique qui, je n'en doute pas, surprendra plus d'un lecteurs du blog des parenthèses.

Figurez-vous que pour se sentir "femme", lorsque l'on est un homme, il suffit de peu de choses. Le professeur Slater "et son équipe" l'ont récemment démontré. En équipant 24 hommes (pourquoi 24 ? - Parce que.) de casques audio et vidéo, et en les immergeant dans un environnement virtuel singulier, ils sont parvenus à "prouver" que ceux-ci finissaient par s'identifier à une petite fille, en percevant leur corps comme étant celui d'une jeune enfant.

Bon, là, je n'ai pas l'impression d'être très clair. Je vous explique plus concrètement.
Leur casque sur la tête, ils ont été plongés dans le corps d'un avatar féminin, c'est-à-dire qu'ils voyaient à travers les yeux d'une fillette, en jupe à carreaux. Face à eux, un autre avatar, représentant une femme d'une quarantaine d'année. Celle-ci leur touche virtuellement l'épaule (et, au même moment, un chercheur touche réellement l'épaule du participant). Dans un second temps, la femme se met dans une colère noire, et esquisse un mouvement violent, menaçant de frapper le visage de la petite fille. Et là - oh surprise ! - la personne masculine qui associe les mouvements virtuels à une sensation réelle (et de fait), se protège le visage. Réagissant, selon les scientifiques, comme l'enfant démunie face à la matrone.
L'expérience prouvant soi-disant que la perception visuelle est suffisante pour une identification complète à l'avatar, même d'un autre sexe.

Bon, moi j'y vois surtout une relation de cause à effet (l'épaule touchée, d'abord, la peur de recevoir une baffe bien réelle, ensuite… c'est assez logique).
Et je persiste : pour vivre une réelle expérience de transplantation, et de féminisation, rien de tel qu'un passage à L'Atelier rédaction !

Rédigé par Basile Segalen