En amont de la conférence Les Barbares attaquent, organisée par l'accélérateur The Family le 02 juillet sur le sujet*, retour sur les enjeux auquel est confronté le secteur des télécommunications.

Les opérateurs de télécommunications vivent sur un malentendu, celui de croire qu'ils sont au cœur de la révolution numérique. Bien sûr, l’augmentation des capacités des réseaux est un facteur du développement de l'économie numérique. Les opérateurs ont aussi beaucoup innové dans le passé : grâce au Minitel, les Français ont ainsi été  les premiers au monde à utiliser des applications connectées à grande échelle. Mais l’économie numérique a maintenant dépassé l’industrie des télécommunications. Les infrastructures de réseaux sont nécessaires au développement de l’économie numérique, mais elles n’en sont plus, depuis longtemps, le moteur principal.

Un modèle menacé ?

En France, les opérateurs de télécommunications servent des millions d’abonnés, collectent des volumes considérables de données, ont des valorisations impressionnantes et investissent massivement dans leurs infrastructures. Mais de nombreux signaux inspirent l’inquiétude. Une offre commerciale rigide et une facturation difficilement lisible, voire prédatrice (le roaming), les empêche de nouer une relation de confiance avec leurs clients. Leur proposition de valeur emblématique, le raccordement d’un foyer au réseau téléphonique, est menacée d’obsolescence : terminaux à l’ergonomie dépassée, téléphones de moins en moins décrochés, désaffection envers les conversations téléphoniques, notamment chez les jeunes. Les services innovants se développent non dans l’offre des opérateurs, mais over the top : depuis 15 ans en France, à l'exception peut-être de Free avec le triple play, aucune innovation de rupture n'a été proposée par les opérateurs à leurs clients finaux.

Des opérateurs ramenés par Apple et Google à des fournisseurs de réseau

Dans ces conditions, le secteur des télécommunications semble débordé de toutes parts : sur son cœur de métier, avec de nouveaux entrants sur le marché des infrastructures (Google FiberEutelsat) ; sur les métiers connexes, avec son échec à s’imposer en position dominante sur les marchés de la télévision sur IP ou du paiement en ligne ; sur les écosystèmes d'applications : les innovations de service proposées par les opérateurs au grand public sont encore peu de choses en comparaison des millions d'applications désormais disponibles dans les grands écosystèmes applicatifs d'Apple ou de Google. Orange comme SFR n'ont pas encore convaincu dans leurs stratégies d'innovation ouverte. Les interrogations sont nombreuses sur la structuration du marché et sa régulation : faut-il plus ou moins de concurrence sur le cœur de métier ? Faut-il renationaliser les infrastructures pour que les efforts d’investissement se déplacent over the top, là où se concentre l’essentiel de la marge ?

Privilégier le lien

Car ce qui est en jeu, aujourd'hui, c'est le lien privilégié avec le client final. La convergence des télécommunications et du logiciel entretient heureusement une lueur d’espoir. Comme tous les secteurs de l'économie, les télécommunications sont maintenant dévorées par le logiciel. Une entreprise comme Twilio fait prendre conscience aux opérateurs de l’importance de l’innovation ouverte pour préserver leur lien avec leurs clients finaux. Aiguillonnée par Twilio, AT&T a ouvert une plateforme logicielle pour éditeurs d’applications, qui transforme l'infrastructure de réseaux du plus grand opérateur américain en plateforme logicielle programmable par des tiers. D’autres opérateurs, notamment européens, déjoueront-ils le mauvais sort en imitant AT&T et en s'alliant avec les développeurs d'applications ? Là réside probablement leur meilleure chance de préserver leur lien direct avec les anciens "usagers du téléphone".

*Télécommunications : Les opérateurs sont-ils condamnés à ne plus fournir que du réseau ?