Vous croisez régulièrement un inconnu sur un quai du métro et vous n'oser l'aborder, le sourire furtivement échangé au détour d'une rue ne vous quitte plus, vous voudriez faire savoir à la belle jeune femme qui lisait un livre avec une couverture bleue que vous regrettez de n'avoir oser lui parler... par gaucherie, timidité ou tout simplement par-ce que l'instant ne s'y prêtait pas ?

Baudelaire le premier avait lancé une bouteille à la mer en adressant « A une passante » le sonnet que lui avait inspiré leur brève rencontre. Désespérant de revoir cette « fugitive beauté », il posa alors la question des retrouvailles : « Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ? »

De Libération à Internet,  l'invitation à ce voyage amoureux né d'un regard, d'un sourire, d'un frôlement, se concrétise. Créée dans les années 1970 par le journal Libération, « Transports amoureux » est la rubrique de petites annonces dédiées à ces déclarations ambulantes. Aujourd'hui, la rubrique fait des émules sur le Web et contribue à transformer la recherche de l'inconnu (e) en phénomène de société. Si les sites de rencontres tels Meetic, seRencontrer fleurissent sur la toile depuis déjà quelques années, une nouvelle génération de sites ambitionne de remettre le concret au centre de la relation amoureuse afin de rétablir un pont entre le virtuel et le réel.

A l'instar de FlashéSurToi, un site que l'un de mes amis, Camille (Cambay), vient de lancer (qui a la bonne idée de mettre en avant le sonnet de Baudelaire). Il s'agit tout simplement de laisser un message dans l'espoir qu'il permette de reprendre contact avec une personne rencontrée. Pour Camille "l 'idée, c'est aussi d'en finir avec le regret de ne pas avoir franchi le pas au détour d'une rencontre qui méritait plus qu'un simple regard". Pas de login, ni de profils contraignants et voyeuristes. Cette nouvelle offre permet a priori d'éviter les mauvaises surprises inhérentes aux sites de rencontres classiques, mais surtout de rendre ses lettres de noblesse au romantisme savoureux de la rencontre inattendue et sans artifice.

Le « mythe de la passante », décrit par Claude Leroy*a fait et continue donc à faire couler de l'encre. En témoigne l'ouvrage intitulé « Transports amoureux : les petites annonces de Libération et autres déclarations nomades » qui s'écarte un peu de Libération en élargissant son champ d'investigation aux sites Internet. A travers les dimensions sociologique et historique, l'auteur observe ce que les petites annonces disent de nous, de notre espace social, de nos relations humaines.

*Claude Leroy, Le Mythe De La Passante ; De Baudelaire A Mandiargues, PUF, 1999

Rédigé par Ariane Rousselier