A l’occasion de la parution de sa biographie autorisée*, ou plutôt de la réécriture (en français) de sa biographie autorisée, Richard Stallman, l’un des pionniers du logiciel libre - pour les incultes - donnait une conférence de presse chez son éditeur.

Un vrai personnage, ce Richard Stallman. Avec ses longs cheveux, sa barbe grisonnante, ses petites lunettes. Une sorte de Zarathoustra de l’informatique. Il joue d’ailleurs de son excentricité. Il s’en amuse. "Je suis un personnage controversé", commence-t-il.

Il est là, devant un parterre d’inconditionnels qui boivent ses paroles. Sa voix est claire. Il s’exprime dans un français très correct - avec une pointe d’accent, quand même, qui renforce à mes yeux le côté Zarathoustra.

Après quelques mots sur son parcours, sa découverte du logiciel libre, ses études à l’université de Harvard et au MIT de Boston (durant lesquelles il a appris "à apprécier la liberté"), son discours devient vite prophétique. Malheur à celui qui utilise un "logiciel privateur" !

"Il faut que les logiciels soient libres pour que tous les utilisateurs soient libres !", affirme-t-il. A choisir entre un logiciel privateur performant, et un logiciel libre moins performant, la question se pose à peine. Il faut bien sûr choisir le second, car celui-ci autorise l’utilisateur à le perfectionner. Le logiciel libre étant donc intrinsèquement meilleur que le logiciel privateur, car il est éthiquement meilleur. "Parfois, la liberté exige un sacrifice". Ainsi Parlait Richard Stallman.

Le système se mord d’ailleurs la queue. Les écoles enseignent l’utilisation de logiciels privateurs, en premier lieu Windows, sous prétexte que ces logiciels sont utilisés dans le monde de l’entreprise. Et les entreprises expliquent qu’elles se servent de ces logiciels car c’est ceux que l’on apprend à utiliser à l’école. Il faut donc que les choses changent. Il faut que le cercle se brise. Et c’est en redonnant à l’école sa mission sociale, en apprenant dès le plus jeune âge à se servir de logiciels libres, que l’on fera des citoyens véritablement libres. Ainsi Parlait Richard Stallman.

La liberté est partout menacée. "On invoque le terrorisme pour asseoir la tyrannie". Les brevets informatiques interdisent aux utilisateurs de logiciels libres de développer leurs programmes, car ils interdisent l’utilisation de centaines d’idées nécessaires à la réalisation de ces programmes. C’est absurde et injuste, selon le prophète américain. De même que la loi Hadopi. On doit pouvoir partager des copies des œuvres publiées, tant que cela ne se fait pas à des fins commerciales. Et d’autres systèmes permettraient de sauvegarder le droit d’auteur. Le mécénat global par exemple, conçu par Francis Muguet. Un système plus juste, fonctionnant sur le principe du paiement volontaire, avec une redistribution de l’argent aux artistes. "D’autres moyens existent". Il faut avoir le courage de lutter. Ainsi Parlait Richard Stallman.

*Richard Stallman et la révolution du logiciel libre, aux éditions Eyrolles.

Rédigé par Basile Segalen