L'arrivée du numérique dans le secteur de la santé génère une masse considérable de données qui se rattachent au patient. Se profile le patient numérique, double informationnel « total » de la personne physique...

Par Pierre Chapignac, analyste des impacts sociétaux des nouvelles technologies au cabinet Rivière Consult Associés.
L'arrivée du numérique dans le secteur de la santé génère une masse considérable de données qui se rattachent au patient.
Se profile le patient numérique, double informationnel « total » de la personne physique.

L'entrée en scène de "l'avatar" médical va modifier en profondeur le travail des praticiens et le système de soins. Le double informationnel du patient offrira la capacité de surveiller, d’anticiper, de prévenir, d’alerter, etc. Nous basculerons dans une médecine préventive fortement anticipatrice et puissamment documentée. La médecine aura alors les moyens d’avoir pour rôle principal de maintenir en bonne santé et non plus de soigner les maladies. Quant aux soignants, grâce à l’accès de chacun à la totalité de l’information sur un patient, ils disposeront du socle nécessaire à un véritable travail collaboratif. Cela ouvre la voie à une intelligence médicale collective, plus puissante, plus rapide et plus efficace. Enfin, les réseaux de soins pourront alors déployer tous leurs potentiels. La masse de données fournit une matière première d’une valeur inestimable pour la recherche. Le potentiel de production de connaissances médicales nouvelles se décuple.
 
La révolution numérique est la seule réponse opérationnelle
 
Dans la seconde moitié du siècle dernier, les responsables de la santé publique incitaient les citoyens à donner leur corps à la science. Demain, il sera sans doute tout aussi important de lui donner notre double informationnel ! In fine, ces grandes évolutions ne sont pas surprenantes. Cela fait déjà plusieurs années que les réflexions et les expérimentations sont engagées sur les réseaux de soins, sur le partage des connaissances, sur la nécessaire vision globale du patient. La révolution numérique n’est pas la source des interrogations mais elle constitue la seule réponse opérationnelle à ces interrogations. Les évolutions de la structure sociale et l’évolution des capacités technologiques se nourrissent mutuellement. Et cela n’est pas propre au domaine de la santé.
 
Des enjeux industriels significatifs
 
Tous les secteurs obéissent à des tendances propres à l’organisation sociale émergente : partage des connaissances, utilisateur au centre du dispositif des systèmes d’information et des services associés, démultiplication de la capacité de production des connaissances, fonctionnement en réseau, dynamiques apprenantes, etc. Reste que les enjeux industriels dans le domaine de la santé sont loin d’être négligeables. Des capteurs aux terminaux d’information (les mobiles, les PDA, …) en passant par les systèmes d’alerte, l’adaptation de l’habitat et le développement d’automates et de robots soignants, c’est un vaste champ industriel qui est concerné. Le vieillissement de la population accroît encore la puissance de cette locomotive de croissance. Les acteurs industriels ne pourront pas faire l’économie d’une réflexion prospective sur les modifications profondes que le numérique rend possibles dans le monde de la santé. Le processus est en marche.