Copyright, copyleft, creative commons, pillage, plagiat, hommage, citations, tout cela se mélange en ce moment.

Le personal branding tue le savoir  (*)

Il y a quelques jours, mon camarade @yoannjaffre m’envoie des liens vers des outils censés lutter contre le plagiat de contenu. Je teste l’un deux, tombe sur une URL de l’@epf_ingénieurs où l’intégralité du site atelier.net a été aspiré. J’en discute avec le community manager de l’école, qui héberge à l’insu de son plein gré ce sous-domaine empoisonné (cache poisoning ?). Quelques jours auparavant, je parcours ma timeline de tweets, et tombe sur un accusateur, qui dévoile les agissements d’une demoiselle du sud qui s’approprie sans citer sa source des tweets d’un autre internaute, captures d’écran à l’appui. La demoiselle s’empare ainsi de l’image, et donc de la réputation, potentiellement de l’employabilité, voire en allant loin de la rétribution monétaire du volé. Ce matin, lecture d’un article passionnant sur l’argent déboursé par une maison d’édition universitaire qui a dû payer au représentant anglais d’un ayant droit américain de Beckett pour chaque mot cité, un euro.

Article qui fait référence à l’arrivée dans le domaine public des œuvres de Joyce, d’où un soulagement certain des chercheurs en joyceries, qui n’en pouvaient plus de se faire harceler par l’ayant-droit, issu de la lignée. D’où un retour quelques mois plus tôt où un communiqué de presse m’apprenait que la surveillance morale et financière d’Antoine de Saint Exupery avait échu à « José Martinez Fructuoso, 74 ans, désigné légataire universel par Consuelo de Saint-Exupéry » après avoir été secrétaire de l’épouse de Saint-Ex. D’où une discussion avec @jeandechambure, où l’on se rappelle de l’Anglais Turner (merci @sandraedbar) et sa capacité à intégrer et réinterpréter immédiatement le style des artistes contemporains, de copier du Poussin, pour les battre durant les expositions, sans oublier Jean de la Fontaine qui rhabille Esope...

Dans le même temps, le Creative Commons, qui permet de respecter le droit d’auteur tout en favorisant la diffusion du contenu, se répand, Internet devient l’endroit où en deux clics, il est possible de partager tout type de media. Comment peut on en arriver à un point où la connaissance est théoriquement intégralement partageable, mais où un quidam qui n’a jamais connu un artiste peut se targuer de bloquer la diffusion de son œuvre, sous prétexte de considérations morales. Et même si c’était la famille, quand on connaît le nombre de familles où les enfants sont en conflit avec leurs parents ou grands-parents, quel crédit accorder à leurs prétentions post mortem... Tout cela est brouillon, mais on arrive à se dire – conclusion en mode deus ex machina : personal branding et diffusion du savoir ne font pas bon ménage.

 

(*) troll atittude

Rédigé par Renaud Edouard-Baraud
Directeur général de L'Atelier BNP Paribas Asia