Quod licet Iovi, non licet bovi

Les scientifiques ont toujours eu un penchant pour les  expériences sadiques. On se souvient de l’expérience de Milgram qui avait fait beaucoup de bruit à l’époque. Il s’agissait pour les chercheurs d’étudier le degré d’obéissance d’un individu face à une autorité qu’il juge légitime. Les résultats tendaient à montrer qu’on pouvait transformer un homme ordinaire en bourreau simplement en le plaçant dans un contexte favorable et déresponsabilisant.

C’est un peu le même esprit qu’on retrouve avec cette étude menée par la Kellogg School of Management. Les chercheurs ont voulu comprendre en quoi les postes de pouvoir et l’élasticité morale des hommes qui les occupent étaient liés. Autrement dit, pourquoi les hommes de pouvoir s’avèrent-ils si souvent hypocrites. Les chercheurs appuient ce constat un peu facile en citant les scandales extraconjugaux ou financiers qui animent la scène politique et économique de nombreux pays.

« D’après nos recherches, le pouvoir et l’influence peuvent amener à une grave déconnection entre le jugement public et le comportement privé », explique un des auteurs de l’étude. « Résultat, les personnes de pouvoir sont plus strictes dans la manière dont elles jugent les autres tout en étant plus indulgentes envers leurs propres actions ».

Admettons. Moi ce que j’aime bien, c’est la manière dont les scientifiques ont mené leur expérience. Ils ont simplement pris une poignée de personnes qu’ils ont divisé en deux groupes : fonctionnaires contre ministres. Les participants ont ensuite pris part à différents jeux et activités dans lesquelles il leur était donné la possibilité de tricher. Le résultat est sans appel : les « ministres » étaient les plus virulents dans leur condamnation des actes répréhensibles d’autrui. Ils se sont aussi avérés les plus enclins à tricher.

Plutôt que l’hypocrisie des politiciens ou des hommes d’entreprises, ce qui me fascine dans cette expérience comme d’ailleurs dans celle de Milgram, c’est le pouvoir des scientifiques. Il leur suffit d’attribuer arbitrairement un rôle à un individu lambda pour qu’il endosse automatiquement tous les clichés qui se rapportent à son personnage. Il faudrait mener une expérience sur le sujet.

Rédigé par Nathanaël Vittrant